«Un référendum anti Bush»

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La Maison Blanche a reconnu la victoire des démocrates à la Chambre des représentants et a dit sa volonté de travailler avec la nouvelle majorité sur l'Irak, la "guerre contre le terrorisme" et l'économie.
La Maison Blanche a reconnu la victoire des démocrates à la Chambre des représentants et a dit sa volonté de travailler avec la nouvelle majorité sur l'Irak, la "guerre contre le terrorisme" et l'économie. — Mandel Ngan AFP

Interview de Justin Vaïsse, historien spécialiste des Etats-Unis, enseignant à Science-Po Paris.

La large victoire des démocrates lors de ces élections de mi-mandat était-elle attendue ?
Oui, leur victoire à la Chambre des représentants (députés) s’est faite dans les mêmes proportions que prévoyaient les sondages de ces derniers jours. Concernant le Sénat, les démocrates ont déjà remporté quatre sièges sur les six qu’il leur fallait pour prendre la majorité. Les deux derniers sièges seront très disputés, nous n’auront pas les résultats avant plusieurs jours voire plusieurs semaines.

Considérez-vous qu’il s’agit-là une victoire pour les démocrates?
Il s’agit avant tout d’un rejet de la politique des républicains en général et de Bush en particulier. La guerre en Irak et les derniers scandales du parti ont entaillé la confiance des électeurs qui affichent aujourd’hui une volonté de renouvellement politique.

Un journal américain disait, à propos de ces élections, «on ne quitte pas quelqu’un parce qu’on ne l’aime plus mais parce qu’on a rencontré quelqu’un d’autre». Je crois au contraire que ce vote des Américains peut se résumer par : «on quitte quelqu’un parce qu’on ne l’aime plus». Ce vote est d’abord un rejet des républicains avant d’être l’adoption des démocrates.

Quels ont été les enjeux du scrutin ?
Les élections de mi-mandat sont en fait un ensemble d’élections locales : on vote pour son représentant, pour son shérif, pour son gouverneur etc. Or, ces élections se sont transformées en référendum sur la politique de George Bush. Les sujets nationaux comme la guerre en Irak ont prévalu. Cela ressemble à de précédents votes sanction: en 1994 contre les démocrates, en 1974 contre les républicains…

L’éditorialiste Dan Froomkins s’interroge sur son blog, White House briefing, sur la capacité de George Bush à travailler avec l’opposition démocrate. Comment va se passer cette «cohabitation» ?
On ne parle pas de «cohabitation» aux Etats-Unis mais de «gouvernement divisé», bien que l’image soit identique. Cela n’est pas nouveau, Bill Clinton était dans cette situation durant six années sur les huit de son mandat. George Bush a déjà connu cette situation lorsqu’il était gouverneur du Texas. Il avait alors su gouverner en bonne intelligence avec les démocrates, jouant d’ailleurs sur cet esprit de bipartisme lors des élections présidentielles de 2000.

Aujourd’hui, je pense que si les démocrates remportent le Sénat, Bush parviendra à travailler avec eux, notamment sur les questions internationales telles que la guerre en Irak. Car malgré leurs divergences, aucun des deux partis n’a de solution pour sortir de la crise, et, à deux ans des élections présidentielles, les deux camps n’ont rien à gagner à bloquer une situation déjà complexe.

Recueilli par Sandrine Cochard