Que sont-ils devenus? L'exil doré saoudien de Ben Ali continue

MONDE Après avoir tenu le devant de la scène internationale, ils ont (relativement) disparu des radars médiatiques. Cet été, «20 Minutes» vous raconte ce qu’ils sont devenus. Cette semaine, l’ancien raïs tunisien, Zine El Abidine Ben Ali...

Bérénice Dubuc

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L'ancien président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, à l'aéroport de Tunis Carthage, le 13 décembre 2010.
L'ancien président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, à l'aéroport de Tunis Carthage, le 13 décembre 2010. — Hassene Dridi/AP/SIPA

Plus de deux ans et demi d’exil. Le 14 janvier 2011, le raïs tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, sa femme, Leïla, et deux de leurs enfants, Mohamed, 8 ans aujourd’hui, et Halima, 19 ans, ont été obligés de fuir leur pays pour l'Arabie Saoudite, chassés par une révolte populaire, après 23 ans de règne sans partage.

Au soir de ce 14 janvier historique pour les Tunisiens, le palais royal saoudien avait annoncé que l’Arabie saoudite avait «accueilli le président Zine el-Abidine Ben Ali et sa famille dans le royaume en considération pour les circonstances exceptionnelles que traverse le peuple tunisien». L’ancien dirigeant tunisien entretient en effet de longue date de très bonnes relations avec la famille royale saoudienne, et notamment avec le prince Nayef, ministre de l’Intérieur et héritier du trône. Le président tunisien déchu avait emménagé dans un palais dans la ville portuaire de Djeddah, sur la mer Rouge, désormais résidence officielle des invités du royaume, disposant de personnel et de gardes du corps.

Un exil jusqu’à la mort?

Plus de deux ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Malgré la confiscation de ses avoirs personnels, le clan Ben Ali vit toujours en Arabie saoudite. Aux frais du prince. L'ancienne première dame se rendrait parfois au Koweït et au Qatar pour faire du shopping ou du business. Elle a d’ailleurs publié un livre en juin 2012, Ma vérité, «pour répondre à la campagne médiatique mensongère» dont elle estime avoir fait l'objet en Tunisie. Elle a ensuite accordé quelques interviews, dont une au Parisien, via Skype, où elle apparaîtra «voilée, un brin maquillée, ses lunettes chaussées».

Pour «faire taire les rumeurs de mauvaise santé» mais aussi de dissensions dans le couple, son mari, âgé 76 ans, se tenait derrière elle. En effet, quelques mois après le début de son exil, des rumeurs l’avaient annoncé dans le coma après un accident vasculaire cérébral. L'ancien dictateur est également atteint d’un cancer de la prostate qui le ronge depuis des années. Des problèmes de santé démentis, mais alimentés par le profil bas adopté par Ben Ali depuis son arrivée dans le royaume wahhabite: il n’est jamais apparu en public, obéissant peut-être à la consigne des dirigeants saoudiens, qu’il entend satisfaire.

Toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international, l’ancien dictateur a bien été condamné par contumace à plusieurs reprises, y compris à la prison à vie, dans différentes affaires liées à la «Révolution de jasmin». Cependant, l’Arabie saoudite n’extrade pas les personnes de confession musulmane, au nom de l'hospitalité et de la miséricorde islamique, et a ainsi omis de répondre aux deux demandes d'extradition présentées par la Tunisie. Cet exil doré pourrait donc bien être le lieu où Ben Ali finira sa vie, à l’instar de l'ancien dictateur ougandais, Idi Amin Dada, arrivé à Djeddah en 1979, et qui y est décédé en 2003.