Les enjeux des élections de mardi

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Dans plusieurs Etats américains, des difficultés ont été signalées avec de nouvelles machines à voter électroniques, ravivant le cauchemar de l'élection présidentielle en Floride en 2000.
Dans plusieurs Etats américains, des difficultés ont été signalées avec de nouvelles machines à voter électroniques, ravivant le cauchemar de l'élection présidentielle en Floride en 2000. — Win McNamee AFP/Getty Images

Quelque 200 millions d’Américains ont voté mardi pour élire notamment une nouvelle Chambre des représentants, un tiers du Sénat et 36 gouverneurs…
Ces dernières semaines, les démocrates galvanisés par les sondages ont espéré fortement remporter la majorité, au moins à la Chambre des représentants. C'est chose faite.

• Quels scrutins ?

Le Congrès (pouvoir législatif):
- La Chambre des représentants (les députés):
Elle est totalement renouvelée. 435 sièges sont en jeu.  Actuellement, les républicains en possèdent 230 et les démocrates 202 (deux sièges sont vacants et un indépendant). Les démocrates doivent en conquérir au moins 15 pour s'emparer de la majorité.
Les résultats s’annoncent très serrés dans une quarantaine de circonscriptions. Le nombre de représentants est proportionnel au poids démographique de l'État, sur la base d'un représentant pour 646 952 habitants. Il est réactualisé tous les dix ans.

- Le Sénat
Seuls 33 sièges sur 100 sont en jeu. Les démocrates, qui possèdent actuellement 44 sièges (contre 55 pour les républicains) doivent en conquérir six pour remporter la majorité. En cas d’égalité, les républicains conserveraient la majorité, grâce à la voix prépondérante du vice-président Dick Cheney qui est également président du Sénat.
Des sièges de sénateurs jusqu’à présent républicains sont à la portée des démocrates dans l’Ohio, la Pennsylvanie, le Rhode Island, voire le Montana. Le Missouri et la Virginie devaient être très disputés. On compte deux sénateurs par Etat, élus pour six ans.

Les gouverneurs (pouvoir exécutif) :

36 gouverneurs sur 50 doivent être réélus. Les démocrates, à la tête de 22 Etats (contre 28 pour les républicains) doivent gagner 4 Etats pour obtenir la majorité. Parmi les Etats se choisissant un nouveau gouverneur, le Texas, la Floride, New York et la Californie – où Arnold Schwarzenegger est favori pour conserver son siège - devraient être particulièrement suivis.

Les scrutins locaux :

- Les électeurs votent aussi pour leur Congrès local (comme pour le Congrès fédéral, toute la Chambre et un tiers du Sénat), leurs shérifs, leurs juges, certains fonctionnaires… et sont appelés à se prononcer sur un total de 208 référendums dans l’ensemble du pays. Parmi ceux-ci, l’interdiction du mariage gay (dans 8 Etats), celle de l’avortement (au Dakota du Sud) ou l’introduction d’un gros lot de 1 million de dollars récompensant un électeur au hasard pour lutter contre l’abstention (en Arizona)…

• Quels enjeux ?

Pour les démocrates : Désespérés, en 2004, après l’échec de leur candidat John Kerry à l’élection présidentielle, ils espèrent avec ces élections de mi-mandat récupérer la majorité à la Chambre des représentants, perdue en 1994 sous présidence Clinton. Cette année-là, les républicains avaient conquis 53 sièges et mis fin à quarante ans de domination démocrate.

Pour Bush : Le président sera-t-il contraint de cohabiter avec un Congrès à majorité démocrate ? Les élections à mi-mandat sont généralement peu favorables au président en place. C’est ce qui est arrivé au démocrate Bill Clinton deux ans après son élection triomphale en 1992. Il a dû cohabiter avec un congrès républicain jusqu’à la fin de son deuxième mandat en 2000. Il en a résulté des conflits incessants, se traduisant notamment par la fermeture tous les ministères pendant plusieurs jours

Pour la présidentielle de 2008 : Le nouveau congrès entrera en fonction début janvier. Quel que soit le résultat du scrutin, les deux partis devraient ensuite rapidement se mettre en ordre de bataille pour la présidentielle 2008, avec en vedette des personnalités comme la démocrate Hillary Clinton et le républicain John McCain.

- Chez les démocrates :

Hillary Clinton La sénatrice de New York est archi-favorite à sa propre succession. En 2000, on lui donnait peu de chances. Elle a pourtant gagné et s'est depuis imposée, jusque dans les comtés conservateurs du nord de l'Etat, grâce à un inlassable travail de terrain.

Barack Obama L’étoile de ce sénateur de l'Illinois ne cesse de monter pour 2008. Même s’il est jugé trop jeune, il a pris la deuxième place dans les sondages derrière Hillary. Il s’inscrit, avec Harold Ford junior (candidat au sénat dans le Tennessee), comme le symbole des Noirs démocrates qui ont le vent en poupe.

- Chez les républicains :

John Mac Cain Parti très tôt en campagne, il est apprécié des démocrates pour ses positions contre la torture mais a perdu son aura en se rendant à l’université des intégristes de Jerry Falwell. Autre inconvénient : son âge, il aura 72 ans en 2009.

Rudy Giulani Sans avoir l’air d’être en campagne, il vit sur son image de maire courageux de New York après le 11 septembre 2001. Inconvénient : il n’est pas opposé à l’avortement.

• Quels débats ?

L’Irak La campagne de ces élections de mi-mandat a pris la tournure d’un référendum sur la guerre en Irak. Enjeu majeur, elle pourrait faire chuter les républicains, ou réduire considérablement la majorité dont ils disposent. Plus de 2800 soldats américains y sont morts depuis l’invasion de mars 2003, dont plus de 100 au mois d’octobre.
Les démocrates en ont fait un axe de campagne. Ils reconnaissent toutefois n’avoir pas plus de plan que les républicains sur ce dossier. «Même si nous gagnons, il n’y aura pas de changement spectaculaire de la politique américaine en Irak», affirmait leur leader, Howard Dean.
Bush l’a bien compris. Lundi, il a appelé ses concitoyens à voter pour les républicains en rappelant que les Etats-Unis sont « en guerre », estimant être le seul à pouvoir protéger efficacement les Américains.

Les valeurs morales, par contre, ne font plus la différence. Les républicains ne sont plus forcément garants de la morale, comme le prouve le scandale du représentant Mark Foley qui avait envoyé des mails inappropriés à des stagiaires du Congrès. Et les démocrates n’ont plus peur d’afficher des valeurs de droite.

L’économie Selon un sondage du "Wall Street Journal", publié le 1er novembre, 46 % des électeurs américains seulement approuvent la façon dont leur président mène l'économie de leur pays, même si elle se porte plutôt bien.
Elle est devenue moins importante que la guerre en Irak (en 2004, le rapport était inversé). « Les gens votent en fonction de l'économie si elle est mauvaise. Sinon, ils trouvent autre chose », résume Keni Hassett, du très conservateur American Insitute Enterprise.

L’immigration Ce thème a été l’un des principaux enjeux de la campagne. Mais il n’oppose pas les républicains aux démocrates, le débat fait rage à l’intérieur de chaque camp. La volonté de Bush de régulariser une partie des 11 millions de travailleurs clandestins a notamment ravi les milieux d’affaires et une partie des républicains mais provoqué l’hostilité de la droite conservatrice.

Catherine Fournier et Clémence Lemaistre

Pour suivre en direct les résultats, quelques sites de médias américains et anglais :
CNN
Fox News
New York Times
Washington Post
Los Angeles Times
BBC News