Espagne: Le conducteur du train entendu par un juge

ENQUÊTE our l'instant au cœur de l'enquête, Francisco José Garzon Amo est arrivé au tribunal dimanche soir à 18h20...

avec AFP

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Fleurs et bougies déposées le 27 juillet 2013 à Saint-Jacques de Compostelle, en hommage aux victimes du train qui a déraillé
Fleurs et bougies déposées le 27 juillet 2013 à Saint-Jacques de Compostelle, en hommage aux victimes du train qui a déraillé — Rafa Rivas AFP

Le conducteur du train qui a déraillé à Saint-Jacques de Compostelle, faisant 78 morts, est arrivé dimanche au tribunal pour être entendu par un juge, accusé «d'homicide par imprudence», pendant que la ville de pèlerinage, parsemée de fleurs et de bougies, se préparait à rendre hommage aux victimes.

Légèrement blessé dans l'accident de mercredi, Francisco José Garzon Amo, 52 ans, est sorti samedi de l'hôpital pour être transféré au commissariat. En garde à vue depuis jeudi pour une durée maximale de 72 heures, il est arrivé au tribunal dans une voiture de police à 18h20, venant du commissariat.

Menottes aux poignets, l'homme aux cheveux gris vêtu d'une chemise bleue, le front encore marqué d'une cicatrice, avait pris place à l'arrière d'une voiture de police, le visage détourné pour éviter les objectifs de la presse.

Pas d'indication sur le freinage

Le juge chargé de l'enquête judiciaire, Luis Alaez, devait l'interroger pour tenter de comprendre ce qui s'est passé dans la cabine de pilotage du train, qui a déraillé mercredi à 20h42 (18h42 GMT) alors qu'il abordait un virage serré à quatre kilomètres de la gare de Saint-Jacques de Compostelle, arrivant de Madrid. A cet endroit, la voie n'est pas équipée d'un système de freinage automatique du train s'il dépasse la limite de vitesse.

Selon la feuille de route du train, dont le journal El Mundo reproduit dimanche un extrait, le convoi, en arrivant dans le délicat virage de A Grandeira, devait quitter un tronçon où il était autorisé à rouler à 220 km/h pour réduire sa vitesse à 80.

Mais, souligne le journal, «le fait surprenant est que cet itinéraire laisse le conducteur décider du moment et de la manière de commencer à décélérer. C'est-à-dire que Garzon devait décider quand freiner pour entrer dans le virage à 80 km/h. Rien ne lui disait comment ni où le faire».

Que s'est-il passé dans la cabine de pilotage juste avant 20H42? Le conducteur, qui exerce ce métier depuis 2003 et avait déjà parcouru 60 fois cette ligne, s'est-il laissé distraire?

Plusieurs éléments défavorables pour le conducteur

«Déjà, quatre kilomètres avant le lieu de l'accident, il s'est vu notifier de commencer à ralentir», avait souligné samedi le président du gestionnaire du réseau Adif, Gonzalo Ferre. El Mundo affirmait, citant des sources proches de l'enquête, que le conducteur parlait au téléphone portable au moment du drame.

Mais dans la petite ville galicienne de Monforte de Lemos, où vit le cheminot, certains de ses proches voulaient le défendre. «C'est un excellent professionnel. C'est le premier accident qu'il ait jamais eu. Il n'a jamais commis la moindre faute», a témoigné Antonio Rodriguez, un délégué syndical qui a rejoint la Renfe, la compagnie de chemin de fer, la même année que Garzon, en 1982.

Deux éléments jouent en la défaveur du conducteur: une retranscription d'une communication radio, révélée par le quotidien El Pais, dans laquelle il admet qu'il circulait à 190 km/h au lieu de 80, et une vidéo de quelques secondes diffusée sur l'internet, semblant provenir d'une caméra de sécurité et montrant un train fou, surgissant à l'entrée du virage avant de sortir des rails et de se coucher sur le côté.

Parmi les 78 morts figurent huit étrangers, dont un Français. Sur les 178 blessés, 71 étaient toujours hospitalisés, dont 31 dans un état grave.