Egypte: Des dizaines de partisans de Morsi tués au Caire... El Baradei condamne...

MONDE Le nouveau pouvoir, qui veut mettre un terme à la contestation des islamistes, a opté pour l'épreuve de force. ...

avec AFP

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Des docteurs soignent un partisan du président déchu Mohamed Morsi après avoir été blessé dans des heurts avec les forces de sécurité à Nasr City, en Egypte, le 27 juillet 2013.
Des docteurs soignent un partisan du président déchu Mohamed Morsi après avoir été blessé dans des heurts avec les forces de sécurité à Nasr City, en Egypte, le 27 juillet 2013. — Manu Brabo/AP/SIPA

Dernière minute: Le vice-président Mohamed ElBaradeï, qui fut une figure de l'opposition au président islamiste islamiste déchu Mohamed Morsi, a condamné «avec force» samedi la mort de dizaines des manifestants islamistes. Le grand imam d'Al-Azhar, la principale autorité sunnite d'Egypte, a lui aussi condamné ces violences et demandé une enquête.

Des dizaines de partisans du président égyptien destitué Mohamed Morsi ont été tués samedi dans les affrontements les plus meurtriers depuis sa chute, le nouveau pouvoir annonçant sa volonté de mettre un terme à la contestation des islamistes. Les deux camps se rejetaient la responsabilité de ces violences au Caire, qui ont fait «plus de 100 morts» selon les partisans du président islamiste renversé le 3 juillet par l'armée. Un journaliste de l'AFP a compté dans un hôpital de campagne des pro-Morsi 37 cadavres, recouverts d'un drap blanc sur lequel leur nom était écrit. Tous ont été touchés par balles, a indiqué une médecin, Amal Ibrahim, précisant qu'un nombre indéterminé d'autres avaient été acheminés vers les hôpitaux. Le ministère de la Santé a pour sa part fait état de 29 morts dans des hôpitaux d'Etat, ce qui porterait le bilan provisoire de samedi à 66 morts. 

Les affrontements ont eu lieu tôt le matin, quelques heures après des manifestations massives rivales des partisans de l'armée et des Frères musulmans, la formation de M. Morsi, aggravant encore la division du pays secoué par une grave crise politique. Des pro-Morsi partis de leur campement à la mosquée Rabaa al-Adawiya (nord-est du Caire) ont tenté de bloquer la circulation à un pont routier sur la route de l'aéroport et se sont heurtés aux riverains d'un quartier voisin, selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, le général Hani Abdellatif. Les forces de sécurité sont intervenues pour s'interposer et la police n'a «utilisé que du gaz lacrymogène», a-t-il dit laissant entendre que les dizaines de morts avaient été tués par des habitants des environs. Les pro-Morsi en revanche ont mis en cause des «policiers en uniforme agissant au côté d'hommes de main», tirant à balles réelles et avec de la chevrotine.

«Incitation à la violence»

Faisant redouter de nouveaux heurts sanglants, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a annoncé la dispersion «très prochaine» des deux campements au Caire où se sont installées des milliers de partisans de M. Morsi depuis son renversement. Il a promis une intervention «dans le cadre de la loi» et «le moins de pertes possibles», mais a appelé les protestaires à quitter les lieux d'eux-mêmes «pour éviter que le sang ne coule». Pour le porte-parole de l'Intérieur, la réponse massive à l'appel du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, à manifester vendredi pour lui donner «mandat d'en finir avec le terrorisme» démontre que le peuple «souhaite la stabilisation du pays sous la protection de l'armée et la police».

Mais pour les partisans de M. Morsi, les violences de samedi sont le résultat direct du discours du général Sissi, maître d'oeuvre du renversement du premier président d'Egypte élu démocratiquement. «De telles déclarations de Sissi incitent à la violence et à la haine et servent à couvrir les crimes haineux de l'armée et de la police», ont-ils accusé. A Rabaa al-Adawiya, des jeunes islamistes portant casque et gourdins scandaient «Sissi assassin».

«Le général Sissi est l'homme fort du nouveau régime», souligne Moustafa Kamel el-Sayyed, professeur de science politique à l'Université du Caire, ajoutant qu'il «jouit du soutien d'une grande partie de la population en raison de son action contre les Frères musulmans». «Sur tout ce qui touche à la sécurité, il a une influence prépondérante», ajoute-t-il.

Condamnations internationales

Les Egyptiens se sont mobilisés massivement vendredi dans tout le pays, répondant à l'appel de l'un ou l'autre des deux camps. Huit personnes ont été tuées lors d'affrontements à Alexandrie (nord), deuxième ville du pays, selon un dernier bilan. A l'étranger, plusieurs pays européens ont condamné les violences. Londres a «condamné» l'usage de la force contre les manifestants», et Paris a appelé «toutes les parties, et notamment l'armée, à la plus grande retenue». Le représentante diplomatique de l'Union européenne Catherine Ahston a dit «déplorer profondément les pertes humaines» dans les violences, et souligné la nécessité d'une transition rapide vers un pouvoir civil élu.

Les violences liées aux troubles politiques en Egypte ont fait plus de 250 morts en un mois. Arguant que M. Morsi ne pouvait régler la grave crise politique secouant le pays depuis son élection en juin 2012, l'armée l'a déposé le 3 juillet et a nommé un président civil intérimaire pour conduire la transition avant la tenue de législatives, en principe début 2014, puis d'une présidentielle. Les Frères musulmans dénoncent un «coup d'Etat» et assurent vouloir défendre la «légitimité» du président élu.