Egypte: Diabolisés, les Frères musulmans dénoncent le «retour du régime Moubarak»

Faustine Vincent

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Des partisans du président déchu issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, manifestent le 26 juillet 2013 à Nasr City, en Egypte.
Des partisans du président déchu issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, manifestent le 26 juillet 2013 à Nasr City, en Egypte. — Khalil Hamra/AP/SIPA

Pourchassés sous le régime de l’ancien président Hosni Moubarak, les Frères musulmans sont de nouveau dans le collimateur en Egypte. Depuis le renversement le 30 juin de l’ex-président Mohamed Morsi, issu du mouvement islamiste, les attaques se multiplient à leur encontre. Victimes d’une première vague de répression avec l’arrestation de plusieurs de leurs dirigeants, dont celle de leur guide suprême, Mohamed Badie, les Frères musulmans ont également vu leurs trois chaînes satellitaires fermées par l’armée, qui tient les rênes du pays.

Le message d’ouverture du président par intérim, Adly Mansour, qui avait déclaré que les Frères musulmans «faisaient partie du peuple égyptien» et qu’ils étaient «invités à participer à la construction de la nation» a été contredit dans les faits. Dans sa répression des Frères musulmans, l’armée peut compter sur le soutien d’une majorité de la population - exaspérée par la situation économique et les ratés de Mohamed Morsi -, du mouvement Tamarod, encore plus virulent, et des médias privés, qui répètent à l’envi que les Frères musulmans sont des ennemis de la nation et qu’il faut les combattre.

La crainte d’un « retour du régime Moubarak »

Les menaces ont franchi  un palier mercredi avec le discours du chef de l'armée égyptienne, le général al-Sissi. Il a appelé à manifester ce vendredi pour lui donner «mandat» d'en «finir avec le terrorisme et la violence». L’appel a reçu le soutien l’opposition laïque et du mouvement Tamarod. Les Frères musulmans, non cités mais clairement visés, ont dénoncé un «appel à la guerre civile». Le placement en détention de Mohamed Morsi ce vendredi pour complicité présumée dans des attaques imputées au Hamas palestinien et une évasion de prison début 2011, a achevé de convaincre les Frères musulmans d’«un retour du régime Moubarak». « Ils sont passés sans transition de la case pouvoir à la case prison», observe François Burgat, chercheur à l’Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (Iremam).

Dans quel but l’armée diabolise-t-elle ainsi la confrérie? Stéphane Lacroix, professeur à Sciences-Po Paris, émet deux hypothèses : «soit c’est un moyen de forcer les Frères musulmans à reconnaître leur défaite et à revenir dans le jeu politique en position de perdant. Soit c’est une tendance radicale et le début d’une répression massive. On ne peut pas encore trancher.»

François Burgat estime pour sa part que «l’armée s'efforce  de déplacer la confrontation [avec les Frères musulmans] sur le terrain sécuritaire  parce qu’elle sait très bien qu’elle aurait du mal à la gagner sur le terrain électoral. La base électorale des Frères musulmans excèdant le nombre de leurs adhérents, elle est encore assez large  – bien supérieure à 20% de la population - pour menacer la coalition hétéroclite de l’armée avec les ‘’libéraux’’. Si les militaires ont  besoin de qualifier les Frères de terroristes, c'est en fait parce qu'ils savent très bien qu'ils sont "plus que cela" ».

« Tendances fascistes »

L’un des seuls à dénoncer publiquement ce jeu dangereux s’appelle Bassem Youssef. Dans une tribune au quotidien al-Shourouk, cet humoriste égyptien, qui s’était félicité de la destitution de Mohamed Morsi, met en garde contre les «tendances fascistes» de «ceux qui se grisent de ce qu'ils croient être leur victoire sur les Frères», et qui «n'ont rien à envier à celles des pseudo-musulmans qu'ils viennent de chasser du pouvoir».