Espagne: Qui est Francisco José Garzon, le conducteur qui «veut mourir»?

PORTRAIT «Un type normal et responsable pour ses proches», mais qui roulait à plus de deux fois la limite de vitesse autorisée...

M.P.

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Franciso José Garzon, le conducteur du train Madrid-El Ferrol, qui a fait au moins 80 morts lors de son déraillement le 24 juillet 2013.
Franciso José Garzon, le conducteur du train Madrid-El Ferrol, qui a fait au moins 80 morts lors de son déraillement le 24 juillet 2013. — SIPA

Qui est Francisco José Garzon, le conducteur du train qui a déraillé près de Saint-Jacques de Compostelle, qui a fait au moins 80 morts? Cet homme, âgé de 52 ans est au cœur de l’enquête puisque la vitesse excessive du train semble être l’une des pistes principales. Il a été placé en détention jeudi soir à l’hôpital où il est soigné pour des blessures aux côtes légères et doit être entendu rapidement.

Mais l’homme a déjà parlé. Immédiatement après le déraillement du train, Francisco José Garzon, légèrement blessé, confiait dans une communication au poste de gare relayée par les médias espagnols: «J'espère qu'il n'y a pas de morts parce que je les aurai sur la conscience». Puis: «Nous sommes humains! Nous sommes humains». Il confie aussi très vite: «Je devais aller à 80 km/h et j’allais à 190 km/h!».  Soit plus de deux fois la vitesse autorisée dans une zone dangereuse. De l’inconscience?

En tout cas, sur son profil Facebook (fermé jeudi matin), il s’était déjà vanté de rouler très vite et de flirter avec les limitations.  Dans un post de mars 2012, où il a diffusé une photo du compteur du train affichant les 200 km/h, un de ses amis commente: «Si tu te fais prendre par la police, tu vas finir par ne plus avoir de points, haha». Ce à quoi le cheminot répond, en majuscules: «Ça serait bien amusant de rouler côte à côte avec la police et de passer devant un radar en le faisant sauter! Haha, la Renfe se prendrait une sacrée amende!»

Il a gravi les échelons à la Renfe

Pourtant, ce conducteur est un homme expérimenté, qui travaillait depuis 30 ans pour la Renfe, la compagnie ferroviaire espagnole, rapporte El Pais. Francisco José Garzon a débuté à la gare de Monforte de Lemos, son village natal en Galice. Puis, il a grimpé les échelons,  passant assistant conducteur en 2000 et conducteur titulaire en 2003. Il a travaillé longtemps sur la liaison Madrid-Barcelone avant d’obtenir sa mutation en Galice, à la Corogne il y a trois ans pour se rapprocher de sa mère malade. Ce divorcé sans enfant travaillait sur cette ligne Madrid-El Ferrol il y a un an. Pour ses amis de Monforte de Lemos, Garzon est  «un type normal et responsable», rapporte Publico. «Il aime son travail et le prend très au sérieux», insiste-t-on aussi dans son village natal. Pour ces proches, la polémique sur sa page Facebook est «absurde». «Parfois, nous écrivons des conneries sur Facebook,  ça ne va pas plus loin qu’une blague. Tout ça est absurde», dit-on.

Francisco José Garzon venait de prendre les commandes du train depuis Ourense, une ville à quelque 100 km au sud est de Saint-Jacques de Compostelle, pour les derniers 200 km (sur les 600) du voyage Madrid-El Ferrol, rapporte El Pais. A l’approche du virage, il n’a pas freiné. Après l’accident, Francisco Jose Garzon a aidé quelques passagers blessés puis, plusieurs témoins l’ont entendu dire, visiblement en état de choc: «On a déraillé, on a déraillé, qu’est-ce que je peux y faire?»

Après avoir pris conscience de l’ampleur de la catastrophe, Francisco José Garzon s’est effondré, au cours de conversations téléphoniques avec les secours et la Renfe. «Je veux mourir, j’ai merdé», a-t-il dit selon les conversations retranscrites et diffusées par El Mundo.