Afrique du Sud: Guerre de succession au sein du clan Mandela

FOCUS Mandla et Makaziwe Mandela se déchirent publiquement pour devenir le nouveau chef de famille à la mort de Madiba...

Bérénice Dubuc
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Mandla Mandela, l'un des petit-enfants, et Makaziwe Mandela, l'une des enfants de Nelson Mandela, se livrent une guerre de succession.
Mandla Mandela, l'un des petit-enfants, et Makaziwe Mandela, l'une des enfants de Nelson Mandela, se livrent une guerre de succession. — AFP

Depuis son retrait de la politique, Nelson Mandela, toujours hospitalisé à Pretoria en ce «Mandela Day», a fait profil bas, à l’inverse de sa grande famille, qui n’hésite pas à se déchirer publiquement. En effet, les Mandela sont aujourd’hui divisés en deux clans rivaux, deux «leaders» prétendant devenir le nouveau chef du clan à la mort du patriarche.

Frasques et démêlés avec la justice

D’un côté, «Mandla» Mandela, l’aîné des petits enfants du prix Nobel de la Paix 1993. Agé de 39 ans, il est le fils de Makgatho, le troisième enfant né de l’union de Nelson Mandela avec sa première épouse Evelyn, dont il divorça en 1958. Considéré comme le chef de la famille depuis que Madiba s’est complètement retiré de la vie publique, Mandla est diplômé de sciences politiques et a embrassé une carrière parlementaire à la demande de son grand-père. Il est député de l’ANC depuis 2009. Lorsque son père meurt en 2005, Mandla est désigné par Mandela pour prendre la tête du village de Mvezo, dans le sud du pays, où il est né le 18 juillet 1918.

Cependant, les frasques de Mandla et ses démêlés avec la justice sont plus remarqués que son engagement au service de la communauté: marié et divorcé trois fois en sept ans, accusé de bigamie et de non-paiement de pension alimentaire, il a aussi été poursuivi par une femme pour agression et inculpé pour avoir déterré des tombes à Mvezo afin d’y construire un stade. Dernier scandale en date: son refus de rendre les dépouilles de trois enfants de Madiba, qu’il avait déplacées en 2011 sans consulter le reste de la famille de Qunu (le village où a grandi Madiba) à Mvezo, pour créer un lieu de culte touristique comprenant un hôtel, un centre de conférences, des bureaux pour le conseil des anciens et un musée.

Makaziwe, l’adversaire

Un transfèrement qui n’avait pas semblé troubler les Mandela à l’époque. Mais, lors de la dernière hospitalisation du patriarche, seize membres de la famille ont accusé Mandla de vouloir s’enrichir grâce à son illustre aïeul, l’ont assigné en justice et ont obtenu qu’il rende les corps. Au cœur de cette «faction» adverse: Makaziwe, la fille de 60 ans du leader anti-apartheid. Pourtant, si elle cherche à s’imposer comme une figure d’autorité alternative dans la famille, «Maki» est elle aussi très critiquée. Cette femme de pouvoir est ainsi pratiquement la seule de la famille à s’être exprimée depuis l’hospitalisation de son père, mais son commentaire à propos des médias internationaux qui siègent devant l’hôpital, des «vautours racistes» irrespectueux à ses yeux, ne l’ont pas grandie.

Maki a par ailleurs poursuivi, avec sa soeur Zenani, les directeurs du fonds d’investissement nommés par son père. Une demande qui faisait suite à leur refus en 2011 de libérer l'argent de la fiducie au nom des deux sœurs sans motif légal, faisant apparaître ces dernières «désespérées» et «cupides» aux yeux des médias. Dans une interview au Centre du Souvenir Nelson Mandela, elle a également implicitement brocardé son neveu, jugeant: «Nous pensons qu'il n'y a qu'un seul chef, donc nous ne soutenons pas le leadership. Dans la culture africaine, si l’un a été choisi comme chef, il doit consulter les anciens de la communauté pour ne pas diriger en dictateur.» Mandla a répliqué lors d'une conférence de presse-déballage qu’«au lieu d'être une force d'unité, [sa tante] n'a fait que semer la division dans la famille».