Le «royal baby», un souffle de jeunesse sur la monarchie britannique?

DECRYPTAGE L'enfant tant attendu de Kate et William vient de pointer le but de son nez de l’autre côté de Manche. Une naissance qui suscite un intérêt planétaire, mais qui ne devrait pas vraiment dépoussiérer la royauté...

Bérénice Dubuc
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La reine Elizabeth II (C) entourée des membres de la famille royale britannique.
La reine Elizabeth II (C) entourée des membres de la famille royale britannique. — AFP PHOTO / CARL COURT

Un an après le triomphal jubilé de diamant d’Elizabeth II, la naissance du fils de Kate et William ce lundi, avec l’intérêt et la sympathie qu’elle suscite à travers le monde, ressemble fort à l’apogée de la famille Windsor.

«La monarchie britannique est dans une phase porteuse, après une période plutôt négative dans les années 90 (scandales à répétition, mort de Diana…)», confirme Philippe Chassaigne, professeur d’Histoire contemporaine à l'université Michel de Montaigne Bordeaux 3, et auteur dHistoire de l'Angleterre (Flammarion, 2008). A la fin des années 90 en effet, entre 20 et 30% de la population considéraient qu’il fallait abolir la monarchie, très décriée. Mais, depuis, le regard du peuple a changé, selon le spécialiste. «Les jubilés de 2002 et 2012, ou encore le mariage de Kate et William montrent que les Britanniques sont attachés à la monarchie, même s’il y a eu une période critique.»

Effet de génération

Pourtant, cette «institution» reste désuète. Même si, «à une époque, la Reine a pu incarner la modernité», rappelle Philippe Chassaigne. Montée jeune sur le trône, elle s’est notamment distinguée dans la façon d’engager sa «communication». «En 1969 par exemple, une équipe de la BBC a suivi pendant un an la vie de la famille royale au jour le jour, dans des activités banales. Cela a permis de rappeler qu’à côté de la vie protocolaire, où la tradition a un très grand poids, les Windsor avaient une vie quotidienne pas très éloignée de celle des Britanniques».

Mais, aujourd’hui, un effet de génération se fait sentir: «La Reine, comme son entourage, ont vieilli», souligne Philippe Chassaigne. Et les réformes ne sont pas légion. Seule évolution notable: le changement de la règle de succession, et l’abolition de la loi de primogéniture masculine -qui doit toutefois encore être ratifiée. Le nouveau-né et ses parents sont-ils à même de dépoussiérer la monarchie?

«Avec Kate et William, la monarchie est en phase avec son époque»

Pour Carolyn Harris, spécialiste des monarchies européennes et enseignante à l'université de Toronto, «le processus de modernisation a déjà commencé. William et Kate modernisent la monarchie en réduisant par exemple la taille de la famille royale -ils ont moins d'employés que les couples royaux précédents.» Et ce n’est pas la seule touche de modernité que le couple apporte à la couronne, selon Philippe Chassaigne. «Kate et William ont apporté un renouveau: c’est la première fois depuis le XVe siècle qu’un futur souverain a épousé une roturière. En cela, ils représentent bien la société britannique, qui est une société ascendante, très mobile.» Et de constater: «Avec eux, la monarchie est en phase avec son époque.»

La naissance, en présence du père qui prendra également un congé paternité, mais aussi la façon dont le couple princier entend élever le bébé royal -dans un maximum d’intimité, avec moins de nannies que son père, et avec des grands-parents maternels, les Middleton, qui pourront lui montrer ce qu’est la «normalité»- sont d’autres signes du souffle de modernité insufflé à la royauté. Cependant, cette naissance ne va pas non plus bouleverser la monarchie, car le fils de Kate et William est sûr d'accéder au trône, impossible de savoir quand, soulignent les experts.

En effet, «l’abdication n'est pas inscrite dans les us et coutumes des Windsor», rappelle Carolyn Harris. Or, «la reine n’a aucune raison d’abdiquer. Elle est en parfaite santé, elle a fait le vœu de servir son pays quand elle est montée sur le trône -et tous les Britanniques reconnaissent qu’elle y est dévouée», selon Philippe Chassaigne, qui balaye l’idée d’un «saut de couronne» jusqu’à William: «Charles ne laissera pas le trône, et contrairement à lui, William n’est pas prêt, et n’a pas envie, pour l’heure d’être roi.» Ce que confirme Carolyn Harris: «En restant en deuxième ligne pour le trône, William a la liberté de se consacrer à ce qui lui plaît, comme sa carrière de pilote d'hélicoptère de recherche et de sauvetage.»