Morgane Créach : «La société civile doit faire pression sur les politiques»

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Interview de Morgane Créach, chargée de mission internationale au Réseau action Climat-France.

Que peut-on attendre de cette 12e conférence sur le climat ?

Il y a deux gros enjeux. L'après-2012 – date de la fin de la période d'engagement pour le protocole de Kyoto – et l'adaptation pour les pays les plus vulnérables aux impacts du changement climatique, que les pays signataires doivent aider. Or le protocole de Kyoto n'a pas été respecté. Le Canada, par exemple, devait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport à 1990. Aujourd'hui, il est à + 24 %. L'Union européenne, qui avait un objectif de -6%, n'en est qu'à -1,2 %.

Pourquoi cet échec ?

Les pays signataires ne mettent pas en place les politiques adéquates.

Le rapport Stern peut-il créer une onde de choc ?

Oui, mais davantage auprès des citoyens que des Etats, qui ont connaissance de ces informations depuis longtemps. Si rien n'est fait, les conséquences climatiques coûteront 10 % du PIB d'ici à 2100, contre 1 % si des mesures sont prises. Mais comme les politiques ne seront plus là en 2100, ils ne s'engagent pas.

Y a-t-il eu, malgré tout, des avancées concrètes en un an ?

Non. Nous sommes dans une période de stagnation et dans une logique de discussion sur la façon de lutter contre le réchauffement. Mais l'année prochaine, il faudra des engagements politiques.

Les mesures que vous recommandez sont drastiques : réduire de 30 % les rejets de CO2 après 2012, et de 80 % en 2050. Est-ce vraiment réalisable ?

Oui. Cela passe par trois voies : la fin du gaspillage, l'efficacité énergétique (exemple : le double vitrage) et les énergies renouvelables.

Le rapport Stern est sorti peu après le film Une vérité qui dérange. Est-ce l'émergence d'un mouvement pour lutter contre le réchauffement ?

Oui, mais ce n'est pas suffisant. Il faut que la société civile se mobilise afin de faire pression sur les politiques.

Le Canada est tenté de se retirer du protocole de Kyoto. Est-ce faisable ?

Il peut se retirer à partir de 2008. Mais je doute qu'il le fasse, car la mobilisation est forte dans la société civile, et le gouvernement ne peut faire ce qu'il veut. Mais c'est inquiétant, car cette attitude retarde les discussions alors que le temps presse.

Qu'en est-il aux Etats-Unis, qui n'ont pas ratifié Kyoto ?

Nous gardons espoir. Il y a une impulsion de la société civile. Quelque 290 villes se sont fixé un objectif de réduction de 7% des gaz à effet de serre d'ici à 2012. Et l'administration américaine va sûrement changer après la présidentielle de 2008.

En 2015, la Chine et l'Inde réunies dépasseront les émissions des Etats-Unis. Quelle est leur politique vis- à-vis du réchauffement ?

Ils attendent que les 35 pays industrialisés soient exemplaires, et ne veulent pas être juridiquement contraints de réduire leur rejet de CO2.

Recueilli par Faustine Vincent