Royaume-Uni: «L'abdication n'est pas inscrite dans les us et coutumes des Windsor»

INTERVIEW A 87 ans, Elizabeth II règne depuis plus de 50 ans et devrait le faire jusqu'à sa mort, selon la spécialiste des monarchies européennes Carolyn Harris...

Bérénice Dubuc

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La reine Elizabeth II, le 5 février 2012.
La reine Elizabeth II, le 5 février 2012. — Albanpix Ltd / Rex Features

La Belgique, les Pays-Bas et même le Qatar ont déjà été touchés. Le roi des Belges, Albert II, a annoncé qu’il abdiquera le 21 juillet, justifiant sa décision par son âge (79 ans) et ses problèmes de santé après vingt ans sur le trône. Fin juin, c’est cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, l’émir du Qatar, Etat où aucun souverain n’a jamais renoncé au pouvoir de son plein gré, qui a passé le flambeau à la nouvelle génération. Le 30 avril, c’était la reine des Pays-Bas, Beatrix, 75 ans, qui renonçait au trône sur lequel elle a passé 33 ans, «convaincue que la responsabilité de [son] pays se trouve dans les mains d'une nouvelle génération».

Cependant, le risque que le Royaume-Uni connaisse pareil événement est infinitésimal, selon la spécialiste des monarchies européennes et enseignante à l'université de Toronto, Carolyn Harris: à 87 ans, Elizabeth II règne depuis plus de 50 ans et devrait le faire jusqu’à sa mort. L’abdication n'est pas une tradition dans la monarchie britannique.

Qu’est-ce qui pousse Elizabeth II à rester sur le trône?

Principalement le fait que l’abdication n'est pas vraiment inscrite dans les us et coutumes des Windsor. En Belgique et aux Pays-Bas, il y a des monarques précédents qui ont réussi à «prendre leur retraite» pacifiquement. Alors qu’au Royaume-Uni, la dernière abdication en date, celle d’Edouard VIII en 1936, a été un événement très déstabilisant. Et, même lors de son exil, il  a continué à être un handicap politique et financier pour son frère, le roi George VI. Par ailleurs, le couronnement du souverain au Royaume-Uni est une cérémonie religieuse, alors qu’en Belgique et aux Pays-Bas, il ne s’agit que d’une installation laïque.

Les Britanniques semblent préférer William à Charles. Ce dernier, déjà âgé de 64 ans, pourrait-il céder la place à son fils?

Bien que les résultats des sondages indiquent que William est plus populaire que Charles, il est peu probable que celui-ci abdique. Comme nous venons de le voir, l’abdication n'est pas une tradition dans la monarchie britannique. Sans compter qu’en restant en deuxième ligne pour le trône, William a la liberté de se consacrer à ce qui lui plaît, comme sa carrière de pilote d'hélicoptère de recherche et de sauvetage. Une fois roi, il n’aura plus cette liberté, et devra entièrement consacrer sa vie à ses fonctions royales.

En ces temps de crise, les Britanniques peuvent-ils encore se permettre de financer la monarchie?

Le coût de la monarchie a baissé ces dernières années [24% en cinq ans pour un coût annuel par habitant de 68 pences]. La reine Elizabeth II a fait des économies dans son train de vie et celui de la famille royale: elle a accepté une diminution de la liste civile (issue des fonds publics et qui finance les salaires des employés royaux), des voyages à l’étranger, l'arrêt de l’exemption royale sur l'impôt … Selon une étude récente, c’est la monarchie néerlandaise qui est actuellement la maison royale la plus onéreuse en Europe.