Mexique: élections locales après une série de violences

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Plus d'un tiers des électeurs du Mexique se rendent aux urnes dimanche pour des élections locales à l'issue d'une campagne marquée par des violences.
Plus d'un tiers des électeurs du Mexique se rendent aux urnes dimanche pour des élections locales à l'issue d'une campagne marquée par des violences. — AFP

Plus d'un tiers des électeurs du Mexique se rendent aux urnes dimanche pour des élections locales à l'issue d'une campagne marquée par des violences - assassinats, enlèvements, menaces -  en particulier dans les régions d'implantation du crime organisé.

Quelque 32 millions d'électeurs (37% du corps électoral) sont appelés aux urnes dans 14 des 32 Etats du Mexique pour la première consultation depuis le retour au pouvoir il y a sept mois du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) du président Enrique Peña Nieto.

Sont en jeu un poste de gouverneur - dans l'Etat de Basse Californie (nord-ouest) -, l'enjeu le plus suivi du scrutin, 441 sièges de députés aux assemblées des parlements locaux et 941 mairies.

La campagne a été marquée par une série d'actes violents qui ont touché tous les partis politiques, avec au moins sept candidats ou proches de candidats assassinés et des dizaines de dénonciations de menaces, selon la presse.

Jaime Orozco, candidat du PRI à la mairie de Guadalupe y Calvo, dans l'Etat du Chihuahua (nord), a été enlevé chez lui par une dizaine d'hommes armés et le 11 juin son cadavre a été retrouvé, criblé de balles.

Dans le même Etat, bastion traditionnel du crime organisé, le Parti action nationale (PAN, conservateur) a retiré ses candidats dans deux municipalités frontalières du Texas (Etats-Unis), après l'assassinat de son coordinateur de campagne.

Dans ces zones «on ne fait pas pression sur les citoyens, mais sur les candidats, pour qu'ils ne fassent pas campagne, ne gagnent pas, ne se présentent pas. On tente d'imposer des candidat +à la botte+», selon Roy Campos, de l'institut d'enquête Mitofsky.

«Dans certaines municipalités les bons candidats ne se présentent pas et le peuple reste littéralement contrôlé par les narcotrafiquants», selon Alejandro Hope, ancien cadre du Cisen, l'agence de renseignement mexicain.

Ces élections n'ont pas l'importance politique des grands scrutins nationaux mais sont «les plus importantes pour le crime organisé», estime Raul Benitez, expert en sécurité publique de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM).

Les criminels tentent d'acheter ou d'intimider les politiciens locaux pour qu'ils leur soit «loyaux», car leur domaine de compétence est clé «pour pouvoir faire des affaires, pour qu'on leur facilite le passage» et même qu'on leur permette de procéder à du racket sur la population, selon Benitez.

Ce contexte n'empêche pas les observateurs politiques d'avoir, pour ce premier test politique depuis le retour au pouvoir du PRI en décembre, les yeux fixés sur l'élection du gouverneur de Basse Californie, Etat emblématique dans l'histoire politique du Mexique.

C'est dans cet Etat en effet que le PRI, qui a gouverné le Mexique sans interruption entre 1929 et 2000, avait perdu sa première élection au niveau du poste de gouverneur il y a 24 ans au profit du PAN.

Le parti conservateur avait commencé dans cet Etat l'ascension politique qui devait le mener au pouvoir pour deux mandats consécutifs, de 2000 à 2012.

Comme l'a souligné l'actuel président du PRI, Cesar Camacho, devant la presse internationale, «dans d'autres Etats nous avons perdu et nous avons récupéré, mais pas dans celui-là».

Une victoire du PRI pourrait approfondir la crise que connaît actuellement le PAN depuis sa défaite cinglante à l'élection présidentielle de juillet 2012.

Une crise due à l'affrontement ouvert entre les partisans de l'ancien président Felipe Calderon et le président actuel du PAN Gustavo Madero, l'un des promoteurs du «Pacte pour le Mexique», signé avec le PRI et le Parti de la Révolution démocratique (PRD, gauche) et destiné à favoriser le vote de réformes au Parlement. Madero y est favorable, tandis que les partisans de Calderon y sont réticents.

Pour José Antonio Crespo, politologue du Centre d'information et d'enseignement économique (CIDE), le résultat en Basse Californie peut avoir «un impact national».

«Selon les résultats du PAN, Madero sera renforcé ou non, et de cela peut dépendre la poursuite ou non du Pacte pour le Mexique».