Egypte: Y a-t-il un risque de guerre civile?

Faustine Vincent

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La place Tahrir, au Caire (Egypte), le 2 juillet 2013.
La place Tahrir, au Caire (Egypte), le 2 juillet 2013. — Ahmed Asad/APAIMAGES/SIPA

Le coup de force de l’armée pour renverser le président Mohamed Morsi, élu en juin 2012 et accusé de dérive autoritaire, bouleverse le paysage politique et fait craindre de nouvelles violences. 

Pourquoi l’armée est-elle intervenue?

Face au bras de fer entre l’ex-président Mohamed Morsi et ses opposants réclamant son départ, l’armée avait pris position lundi au côté des manifestants, fixant un ultimatum de 48h au chef de l’Etat pour «satisfaire les demandes du peuple». Place Tahrir, au Caire, la foule a exulté. Mais avec cette prise de position, l’armée visait avant tout à protéger ses propres intérêts. Car Mohamed Morsi, premier président civil depuis le renversement de la monarchie par la révolution des «officiers libres» en 1952, avait entrepris l’éviction des militaires de la scène politique. Une marginalisation que l’armée, toujours très influente politiquement et économiquement, n’a pas supportée. Pour elle, l’enjeu consista donc à montrer aux Frères musulmans qu’elle était toujours là et qu’il faudra compter avec elle. Saluée par la majorité des manifestants, l’intervention de des militaires pour renverser Mohamed Morsi soulève toutefois de nombreuses questions et inquiétudes.

Qui dirige l’Egypte, désormais?

Après avoir renversé Mohamed Morsi, l’armée a annoncé mercredi qu’elle transférait le pouvoir politique au président du Conseil constitutionnel, Adly Mansour, jusqu’à la tenue d'une présidentielle anticipée, sans préciser la durée de cette période transitoire. Le juge Adly Mansour est donc devenu jeudi président par intérim de l’Egypte.

Magistrat peu connu du public, il s'est présenté comme le «garant des intérêts du peuple». Dans un contexte où la Constitution est suspendue, il est difficile d'évaluer sa marge de manœuvre réelle face aux militaires qui l'on mis à la tête du pays, notamment le chef de l’armée et ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui apparaît comme le nouvel homme fort du pays.

La feuille de route sur la transition politique a été rédigée par l'armée, qui avait pris les rênes de l'exécutif durant 16 mois entre la chute de Moubarak et l’élection de Morsi. Elle a toutefois fait l'objet de tractations avec l'opposition et les principaux dignitaires religieux musulmans et chrétiens du pays.

Y-a-t-il un risque de guerre civile?

C’est le pire scénario possible, comparable à celui qu’a vécu l’Algérie dans les années 1990, lorsqu’un coup d'État militaire avait mis fin au processus électoral et annulé la victoire du Front islamiste du salut. La guerre civile qui s’était ensuivie avait fait 200.000 morts. Si un tel risque ne peut pas être complètement écarté en Egypte, pour l’heure les analystes l’excluent. En effet, «personne, y compris l’armée, n’a intérêt à ce que cela dégénère», estime Roland Lombardi, doctorant à l’Iremam.

Reste à voir comment réagiront les Frères musulmans. Selon un proche de Mohamed Morsi, ce dernier aurait appelé «les Egyptiens à résister pacifiquement à ce coup d'Etat, comme il le fera lui-même». Mais la vaste opération qu’a lancé l'armée contre les Frères musulmans, dont est issu l'ex-chef d'Etat, pourrait mettre le feu aux poudres. Mohamed Morsi et sa garde rapprochée sont ainsi détenus par l'armée, le Guide suprême de la confrérie, Mohamed Badie, a été arrêté, son «numéro 2» Khairat al-Chater est recherché, et deux hauts dirigeants du mouvement ont été arrêtés. La police égyptienne a par ailleurs ordonné l’arrestation de 300 membres des Frères musulmans.

Depuis le 26 juin, les heurts ont déjà fait 57 morts, dont dix mercredi soir lors d’affrontements avec les forces de l'ordre et d’accrochages entre pro et anti-Morsi.