Le chef égyptien des armées al-Sissi annonce à la télévision la destitution du président Morsi, le 3 juillet 2013.
Le chef égyptien des armées al-Sissi annonce à la télévision la destitution du président Morsi, le 3 juillet 2013. — AFP PHOTO / EGYPTIAN TV

Monde

Egypte : Une «victoire au goût amer»

MONDE – Saluée par la foule, l’intervention de l’armée pour renverser le premier président civil soulève de nombreuses questions et inquiétudes...

La majorité des manifestants ont exulté après le renversement par l’armée du président. Les opposants ont obtenu ce qu’ils réclamaient: le départ de Mohamed Morsi, premier président civil élu démocratiquement en juin 2012, mais accusé de dérive autoritaire et de gouverner au service de son clan, les Frères musulmans, le mouvement islamiste dont il est issu. Sa destitution est-elle pour autant une bonne nouvelle? L’intervention des militaires soulève de nombreuses questions et inquiétudes.

L’armée a affirmé mercredi qu’elle transférait le pouvoir politique au président du Conseil constitutionnel, Adly Mansour, jusqu’à la tenue d'une présidentielle anticipée, sans toutefois préciser la durée de cette période transitoire. Elle l’assure: elle «restera éloignée de la politique», a déclaré mercredi son chef, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui apparaît comme le nouvel homme fort du pays. Mais rien ne dit qu’elle respectera cet engagement et qu’elle ne sera pas tentée de reprendre les rênes du pays, auquel cas l’Egypte renouerait avec la dictature militaire. D’où l’ambivalence de ce que ressentent certains opposants. «C’est une victoire au goût amer», a résumé ce jeudi sur France Inter le réalisateur égyptien Khaled Al Khamissi.

«Les militaires ont choisi la méthode forte»

Avec son coup d’Etat, «l’armée a choisi la méthode forte au détriment d’un dialogue politique, note Roland Lombardi, doctorant à l’Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde arabe et musulman (Iremam). Il ne faut pas se leurrer, elle veut rester incontournable. Lors de la révolution en janvier 2011, elle était déjà en première ligne. Même si elle dit agir pour le bien du peuple, j’attends de voir. S’il y a une transition démocratique, elle se fera très lentement». Il estime toutefois que les militaires ont intérêt à accompagner cette transition, non seulement pour éviter que de nouvelles élections débouchent à nouveau sur une victoire des Frères musulmans, mais aussi pour préserver leur image sur la scène internationale.

A l’étranger, l’inquiétude est déjà manifeste. Aux Etats-Unis, le président Obama s’est dit «profondément inquiet», envisageant de revoir l’aide versée chaque année à son allié égyptien. En Allemagne, le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a dénoncé un «échec majeur pour la démocratie». Plus attentiste, la France a «pris acte» de l'annonce de nouvelles élections après une période de transition, en «souhaitant que les échéances soient préparées dans le respect de la paix civile, du pluralisme, des libertés individuelles et des acquis de la transition démocratique».

L’attitude de l’armée comme celle des Frères musulmans, apparemment encore sous le choc, sera déterminante pour la suite des événements en Egypte, revenue au cœur de l’attention internationale.