Egypte: Morsi prêt à «donner sa vie» pour rester, seize de ses partisans tués dans des affrontements

MONDE Le président égyptien n'entend pas céder à la pression de la rue et de l'armée...

avec AFP

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Manifestation au Caire, en Egypte, le 2 juillet 2013.
Manifestation au Caire, en Egypte, le 2 juillet 2013. — KHALED DESOUKI / AFP

Dernière info (3h15, mercredi): 16 personnes ont été tuées dans la nuit lorsque des hommes non identifiés ont attaqué un rassemblement de partisans du président égyptien Mohamed Morsi au Caire, a annoncé le ministère de la Santé.

Mohamed Morsi ne quittera pas le pouvoir sans un bras de fer. Dans une allocution télévisée diffusée tard mardi soir, il s'est dit prêt à «donner sa vie» pour préserver sa «légitimité». Il a également appelé l'armée à retirer l'ultimatum, qui expire mercredi, qu'elle a posé pour qu'il se plie «aux revendications du peuple» qui défile en masse contre lui depuis dimanche.

Le président islamiste a martelé qu'il avait été «choisi par le peuple lors d'élections libres et équitables» il y a un an. La «légitimité» est «la seule garantie contre l'effusion de sang», a-t-il ajouté, répondant implicitement à ceux qui estiment que son départ permettrait de résoudre les tensions qui secouent le pays. Il a aussi mis en garde contre le «piège» d'une violence «sans fin».

Morsi refuse tout «diktat»

«Le président Mohamed Morsi réaffirme sa légitimité constitutionnelle, refuse toute tentative de passer outre, appelle les forces armées à retirer leur avertissement et refuse tout diktat» qu'il vienne d'Egypte ou de l'étranger, avait-t-il écrit plus tôt sur son compte Twitter officiel.

Des heurts meurtriers ont éclaté en parallèle ce mardi au Caire entre partisans et opposants de Mohamed Morsi, qui manifestaient à nouveau en masse à la veille de l'expiration d'un ultimatum de l'armée.

Heurts meurtriers dans les manifestations

Ces affrontements dans le quartier de Guizeh, dans le sud de la capitale, ont fait sept morts et des dizaines de blessés, dont plusieurs grièvement touchés par des tirs, ont annoncé des sources médicales à l'AFP. Des heurts ont également éclaté dans d'autres quartiers de la périphérie du Caire et dans la province de Beheira, dans le nord du pays.

Dans le même temps, le président islamiste, qui a rejeté la demande du commandement militaire assimilée par ses partisans à un coup de force pour le faire partir, a rencontré le ministre de la Défense et chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi. Les entretiens, engagés dans la matinée, se poursuivaient encore en début de soirée, selon des sources militaires et à la présidence qui n'ont pas donné plus de précisions.

Le Caire survolé par des hélicoptères militaires

L'opposition de son côté a désigné Mohammed ElBaradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), pour être sa «voix» et son négociateur vue d'une «transition politique». Elle a salué l'ultimatum de l'armée, y voyant un appui de poids dans sa volonté de pousser vers la sortie Mohamed Morsi, accusé de vouloir instaurer un régime autoritaire au profit du mouvement des Frères musulmans, la formation dont il est issu. Les partisans du chef de l'Etat insistent quant à eux sur la «légitimité» du premier président démocratiquement élu de l'histoire du pays.

Des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers l'emblématique place Tahrir au Caire pour une nouvelle mobilisation contre le président, élu il y a tout juste un an. Des policiers supplémentaires étaient déployés dans la capitale, où les rues quasi-désertes offraient un contraste saisissant avec l'habituelle activité de la mégalopole égyptienne.

La ville, où de nombreux commerces et bureaux sont restés fermés par crainte de nouvelles violences, était également survolée par des hélicoptères de l'armée.

Empêcher un coup d'Etat au besoin par le «martyre»

Un responsable des Frères musulmans a appelé à empêcher un coup d'Etat, au besoin par le «martyre», en rappelant le sang déjà versé pour obtenir la chute de l'ancien président Hosni Moubarak en 2011.

Des dizaines de milliers de partisans du président étaient rassemblés dans le faubourg de Nasr City ainsi que devant l'université du Caire, sur l'autre rive du Nil. «La position de l'armée est inquiétante et dérangeante. S'ils prennent le pays, nous ferons une révolution islamique», a prévenu Mohamed Abdel Salem, un manifestant pro-Morsi. «Réveille-toi Sissi, Morsi est mon président», scandait la foule à l'adresse du ministre de la Défense. Alia Youssef, ingénieure voilée de 24 ans, s'est dite «prête à mourir ici pour défendre la légitimité (du président) et dire non à un coup d'Etat militaire».

Dans la nuit de lundi à mardi, la présidence avait rejeté l'ultimatum de l'armée, affirmant que l'Egypte ne permettrait «absolument aucun retour en arrière quelles que soient les circonstances». L'armée, qui avait assuré un intérim controversé entre la chute de Moubarak et l'élection de Morsi en juin 2012, a de son côté démenti mardi matin vouloir préparer un «coup».