Campagne américaine : les électeurs ont les candidats à l'oeil

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Le site YouTube.com, devenu en quelques mois le numéro un de la vidéo sur internet grâce à ses films courts et souvent comiques, pourrait bientôt attiser les convoitises de prédateurs, alors qu'il s'est déjà associé avec une grande chaîne de télévision américaine.
Le site YouTube.com, devenu en quelques mois le numéro un de la vidéo sur internet grâce à ses films courts et souvent comiques, pourrait bientôt attiser les convoitises de prédateurs, alors qu'il s'est déjà associé avec une grande chaîne de télévision américaine. — Samantha Sin AFP/Archives

En 2004, la classe politique américaine avait découvert l’influence des blogs à l’occasion de l’élection présidentielle. La campagne 2006 pour les élections parlementaires a vu s’imposer YouTube, le site d’hébergement de vidéos, qui n’existait pas il y a deux ans. Candidat au Sénat dans le Tennessee, le démocrate Harold Ford Jr en a fait l’expérience. Une vidéo de 14 secondes où il admettait sa participation à une fête organisée par Playboy a été vue par 120 000 personnes en moins de deux jours !

Des dizaines de candidats à travers le pays utilisent aussi YouTube pour diffuser leurs propres messages et atteindre, espèrent-ils, une clientèle plus jeune peu ou pas touchée par les spots télévisés.

Surtout, YouTube s’est transformé en poubelle de la campagne. Les publicités politiques jugées de trop mauvais goût pour être diffusées à la télévision – et la barre est basse –, sont déversées sur le site de vidéos. Avec succès : un spot pro-républicain représentant Madeleine Albright, qui fut la Secrétaire d’Etat de Bill Clinton, fraternisant avec le président nord-coréen ou changeant un pneu pour Oussama Ben Laden, a rassemblé plus de 700 000 visiteurs sur le Web. Un sénateur du Montana, Conrad Burns, s’est fait piéger alors qu'il tenait des propos fumeux sur les «chauffeurs de taxi terroristes» lors d’une réunion politique.

Grâce aux caméras vidéos omniprésentes et à YouTube, plus aucune gaffe, faux pas ou erreur d’un candidat n’échappe au public, donc aux électeurs. Aussitôt George Allen, sénateur de Virginie, traite-t-il un militant du camp opposé, d’origine amérindienne, de «macaque» que l’épisode est immédiatement sur le Net. A peine le sénateur Conrad Burns s’endort-il pendant un débat qu'il est pris en flagrant délit.

Mais le plus important des épisodes de cette campagne du Web s’est sans doute déroulé mardi 31 octobre, lorsque John Kerry, le candidat démocrate à la présidentielle de 2004, a tenu des propos jugés insultants pour les soldats envoyés en Irak, insinuant que seuls ceux qui échouaient dans leurs études étaient envoyés au front. Le discours était télévisé, mais les extraits diffusés sur YouTube ont assuré la popularité immédiate des propos, dont les Républicains espèrent qu’ils vont les sauver de la défaite annoncée. En quelques heures, plus de 300.000 personnes avaient vu le discours en ligne.

Ces très courtes vidéos, diffusées comme autant de libelles sous le manteau en d’autres temps, semblent avoir – déjà –  pris une partie de la place occupée par les blogs politiques qui, depuis 2004 aux Etats-Unis, se sont beaucoup professionnalisés et donc, aux yeux de certains, aseptisés. Les vedettes tel DailyKos, blog libéral (de gauche) le plus visité ou son alter ego conservateur RedState, ont désormais atteint un statut qui en fait des médias installés.

A New York, Emmanuel Saint-Martin