Obama en Afrique: Une très chère visite pour rien?

DIPLOMATIE Barack Obama n'a pas placé l'Afrique au centre de ses préoccupations lors de son premier mandat, et ne devrait pas changer sa façon d'agir lors du second...

Bérénice Dubuc

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Le président américain, Barack Obama, lors de son discours à la Maison Blanche, le 28 mai 2013.
Le président américain, Barack Obama, lors de son discours à la Maison Blanche, le 28 mai 2013. — SIPA

Barack Obama entame mercredi une tournée en Afrique d’une semaine, qui l’emmènera au Sénégal, en Afrique du Sud et en Tanzanie. Un voyage qui fait déjà polémique avant même d’avoir débuté, la presse américaine ayant révélé qu’il pourrait coûter aux contribuables américains quelque 100 millions de dollars. Une somme astronomique en période de crise, d’autant plus que le continent africain n’a pas une place prioritaire dans la politique étrangère de Barack Obama.

La preuve, lors de son premier mandat, il n’a pas placé l’Afrique au centre de ses préoccupations. Et, alors que les Africains espéraient beaucoup de lui, il a déçu. «Ce n’est pas parce que c’est le premier président américain noir qu’il s’est montré plus attentif, comme ils pouvaient l’espérer», analyse Laurence Nardon, chercheuse responsable du programme Etats-Unis à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Au contraire, Obama a délibérément choisi de ne pas se positionner comme un président noir. «Sur le plan de la politique intérieure, il n’a pas fait dans le communautarisme, pour éviter de prêter le flanc à la controverse -apparaître comme un président traître à son pays, au service d’un autre continent…-», souligne la chercheuse.

«Pas d’urgence à agir pour l’Afrique»

La même logique a prévalu en politique étrangère: après son élection en 2008, il s’est démarqué de l’Afrique. «Il n’a fait qu’un un voyage éclair au Ghana en 2009, mais n’est pas retourné sur le continent depuis. Ensuite, il y a eu l’affaire de son bulletin de naissance, il n’avait donc pas intérêt non plus à y retourner», rappelle Laurence Nardon, qui ne pense pas que le président américain va changer sa façon d’agir. «Même si le second mandat des présidents américains est en général tourné vers l’international parce qu’ils ont les coudées plus franches, et cherchent à laisser un héritage, il n’y a pas d’urgence à agir pour l’Afrique, si l’on met de côté le problème terroriste dans le nord du continent.»

Alors, pourquoi cette «tournée africaine»? «Depuis sa réélection, il est allé en Asie, et peut désormais passer par l’Afrique», juge Laurence Nardon. Notamment parce que, ne pouvant briguer un troisième mandat, il n’y a plus de risque politique l’empêchant d’y aller. «Et un conseiller bien avisé a dû lui indiquer qu’il était temps d’aller en Afrique du Sud», estime la chercheuse.

Intérêts commerciaux

Mais, s’il n’y a pas d’agenda politique caché derrière cette visite, il y a certainement des intérêts commerciaux. Le président américain emporte en effet dans son sillage -comme n’importe quel chef d’Etat lors d’une visite officielle- tout un aréopage d’hommes d’affaires. Ces derniers ont en effet une bataille à livrer sur le continent africain, où les entrepreneurs chinois ont déjà pris une bonne longueur d’avance.

Or en Afrique, la croissance économique flambe de 5% par an. Une classe moyenne, très dynamique, s’est créée, ouvrant un marché très prometteur pour les entreprises privées comme au Sénégal et en Afrique du Sud par exemple. Heureux hasard, ces pays font partie de la tournée d’Obama.