Mort de Trayon Martin: L'avocat de l'accusé démarre le procès par une blague

ETATS-UNIS Les experts américains estiment que le procureur, qui tente de convaincre le jury que le vigile de quartier a «vicieusement tué» un adolescent désarmé, a marqué des points...

P.B. avec AFP

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Les avocats de la défense, Don West (C) et Mark O'Mara (G), au côté de leur client George Zimmerman au tribunal de Sanford, en Floride, le 8 juin 2013.
Les avocats de la défense, Don West (C) et Mark O'Mara (G), au côté de leur client George Zimmerman au tribunal de Sanford, en Floride, le 8 juin 2013. — SIPA

Dans un procès où aucun témoin n'a vu le moment fatidique, les apparences vont compter autant que les rapports des experts. Et à l'ouverture du procès de George Zimmerman, l'un des avocats de l'accusé n'a pas vraiment fait une bonne première impression, lundi, à l'ouverture des débats.

Don West, un avocat vétéran spécialisé dans les procès pour meurtre, a prévenu les membres du jury qu'il allait «prendre un risque» en commençant par une blague potentiellement «inappropriée». Il leur a demandé de ne pas laisser son humour affecter leur opinion du vigile de quartier inculpé pour le meurtre au second degré de Trayvon Martin, un adolescent qui rentrait chez lui vêtu d'un sweat à capuche, le 27 février 2012. La blague: «Toc, Toc. Qui est là? George Zimmerman. George Zimmerman qui? Ah oui, c'est vrai, vous êtes un membre du jury» Silence assourdissant dans la salle. «Quoi, c'est la réaction que j'obtiens? C'est drôle, quand même», ajoute l'avocat, pour quelques rires. Plus tard dans la journée, il s'est excusé pour son mauvais timing comique et sa stratégie largement critiquée par les experts judiciaires.

«Ces connards s'en sortent toujours»

Son adversaire, le procureur John Guy, s'est, lui, montré plus agressif. «Bonjour. ''Putain de voyous. Ces connards s'en sortent toujours''. Voici les mots sortis de la bouche de cet adulte alors qu'il poursuivait un adolescent de 17 ans», a-t-il lancé. Le procureur citait ici la retranscription de l'appel à la police de Zimmerman annonçant à l'opérateur qu'il avait pris en chasse un individu ayant «l'air suspect», alors que le quartier était sous tension après une série de cambriolages.

John Guy a également cité le témoignage à venir de la petite amie de Trayvon Martin, qui se trouvait au téléphone avec lui au moment de l'altercation. «''Pourquoi vous me suivez?'', a-t-elle entendu. Et ensuite, la communication a été interrompue, comme la vie de Trayvon Martin», a poursuivi le procureur. Selon lui, quand Zimmerman a repéré Martin, «il n'a pas vu un jeune homme qui rentrait chez lui. Il l'a tout de suite catalogué, il l'a poursuivi et il l'a tué.»

Question de la légitime défense

Côté Zimmerman, Don West a rétorqué que la «fusillade», bien que tragique, n'était «pas un meurtre». Il affirme que Trayvon Martin a agressé son client le premier. Martin «n'avait peut-être pas d'armes, mais il était armé des pavés de la chaussée contre lesquels il frappait la tête de George Zimmerman». En guise de preuves, il a montré des photos du rapport médical attestant de lacérations sur l'arrière du crâne, ainsi que le nez cassé de son client. En substance: selon lui, Zimmerman a suivi Martin, mais c'est l'adolescent qui était l'agresseur, et, craignant pour sa vie, le vigile de quartier a utilisé son arme.

Pour se faire un avis, le jury va pouvoir entendu une pièce centrale de l'affaire: l'enregistrement d'un appel au secours dans lequel on entend une voix hurler «à l'aide», suivie de la détonation fatale. Reste à savoir qui appartient la voix. Et parce qu'il n'existe pas de consensus chez les experts audio, les membres du jury devront s'en remettre à leur seule intuition pour se faire un avis.

Les débats devraient durer de deux à trois semaines. On ignore pour l'instant si la défense choisira de faire témoigner Zimmerman.