«Si nous étions au Brésil, nous serions tous en train de manifester en ce moment»

REPORTAGE Alors que les troubles continuent au Brésil, les Brésiliens de France se rassemblaient aujourd’hui à Paris…

Cédric Garrofé

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Rassemblement de la communauté brésilienne place de la Nation à Paris
Rassemblement de la communauté brésilienne place de la Nation à Paris — Cédric Garrofé / 20 Minutes

Plusieurs centaines de manifestants, membres de la communauté brésilienne de France, se sont donné rendez-vous ce samedi place de la Nation à Paris pour soutenir, dans le calme, les manifestations qui ont lieu depuis plusieurs jours au Brésil.

Un pays gangrené par la corruption

Au milieu de la foule, Alex porte fièrement un drapeau auriverde du bout des bras. L’homme se dit consterné par la violence de la police brésilienne et le comportement des personnalités politiques. «La corruption des élus est trop forte. C’est impossible à décrire, il faut être là-bas pour le voir et le croire». Plus loin, une jeune femme confie: «Plusieurs stades ont été construits rapidement, sans appel d'offres. Cela peut pousser les élus à confier les projets à des entreprises avec qui ils sont proches.»

En mars 2012, Ricardo Teixeira, président de la fédération brésilienne de football (CBF) et organisateur du Mondial 2014 de football au Brésil, avait dû se retirer, visé notamment par une enquête du Parquet pour transfert illégal de fonds et blanchiment d'argent. Deux mois plus tard, la rénovation du Maracanã, le stade qui accueillera la finale du Mondial à Rio, avait été ternie par une affaire impliquant l'une des entreprises en charge de l'opération, un sénateur et plusieurs fonctionnaires.

Impôts et vie chère

Dans la foule, Marli explique qu’elle tenait beaucoup à être présente, elle qui est en France pour rester avec son mari, un Français, et qui retourne au Brésil quand elle peut, tous les deux ans. «Tout est bien trop cher dans notre pays, et les impôts pèsent vraiment beaucoup sur la population».

Traduction: «A ceux qui nous ont volé, il est l'heure de payer pour un Brésil meilleur»

L’importante facture payée par le Brésil pour organiser la Coupe du monde 2014 semble cristalliser les critiques. «Notre pays a dépensé des dizaines de milliards pour cette compétition. Il y aura des stades qui ne serviront que pour quelques rencontres. Pourquoi ne pas avoir alloué cet argent aux hôpitaux ou à l'éducation, qui fonctionnent mal?»

Une mobilisation née pour protester contre les prix des transports

Dans les rangs des manifestants, des voix différentes se font entendre. Pour Jacqueline, qui étudie à la Sorbonne, «le peuple est dans la rue mais ne comprend pas toujours tout. Il faut faire attention à ceux qui veulent détourner ce mouvement».

Maurice, qui dit avoir participé à l’organisation du rassemblement à Paris, regrette quant à lui l’absence de dialogue et d’une véritable organisation au sein du mouvement, ce qui ne facilite pas son évolution.

Frustré de ne pas être au Brésil

Souvent en France pour le travail, les études, l’amour, tous rappellent avec amertume qu’ils préféreraient être dans leur pays dans ces moments difficiles, pour défiler dans les rues avec leurs proches.

«Cette semaine a été très difficile pour moi car je ne suis pas là-bas pour manifester. J’ai suivi toute la journée et une bonne partie de la nuit les informations au Brésil. Heureusement, mon mari me soutient», confie une manifestante. «Ce qui est certain, c’est que si nous étions au Brésil, nous serions tous en train de manifester en ce moment», lance Alila.

Sur la pelouse de la place de la Nation, les manifestants commencent à entonner l’hymne national du Brésil. Probablement loin des yeux, mais pas du cœur.