Un document top secret contredit les assurances de Barack Obama sur la surveillance

P.B.

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Barack Obama dans la Situation Room de la Maison Blanche, le 5 avril 2013, lors d'un meeting sur la sécurité nationale.
Barack Obama dans la Situation Room de la Maison Blanche, le 5 avril 2013, lors d'un meeting sur la sécurité nationale. — P.SOUZA/MAISON BLANCHE

Personne n'écoute vos conversations téléphoniques ou ne lit vos emails sans l'autorisation d'un juge, a juré à plusieurs reprises Barack Obama à ses concitoyens. Ou pas. Selon deux documents top secrets publiés par le Guardian, la NSA a bien le droit et la capacité d'exploiter des données domestiques sans le feu vert direct de la justice.

Le quotidien britannique, à qui l'analyste Edward Snowden a fourni de nombreux documents de la NSA, publie deux ordonnances signées en 2009 par l'Attorney General (à la tête du département de la Justice) Eric Holder. Les documents couvrent les procédures que doit suivre la NSA pour surveiller des personnes basées à l'étranger. Et si espionner des citoyens américains sans mandat validé par un juge est interdit, plusieurs exceptions permettent de passer outre.

«Incapacité à filtrer»

La NSA peut conserver et exploiter, pendant cinq ans, des données domestiques «interceptées par erreur», à condition que le directeur de l'agence pense «raisonnablement» qu'elles permettent de prévenir un danger. Dans son interview au Guardian, Snowden expliquait que dans la pratique, certains analystes pouvaient «espionner qui ils voulaient, y compris le président».

Selon le document, cette exception existe «à cause de l'incapacité de la NSA à filtrer toutes les communications». En clair, l'agence ratisse large, ne peut pas tout analyser en temps réel et peut, après coup, exploiter des données domestiques prises dans la nasse. Il y a encore trois jours, un élu a pourtant posé cette question au directeur de l'agence: «La NSA peut-elle lire les emails de citoyens américains?» Réponse concise de Keith Alexander: «Non.»