Fermeture de Guantanamo: Obama arrivera-t-il enfin à tenir sa (vieille) promesse?

ETATS-UNIS Le président américain s'est de nouveau engagé à fermer le camp militaire américain à Cuba, où sont détenus 166 prisonniers. Mais la résolution de cette épineuse question n'est pas seulement entre ses mains...

Bérénice Dubuc

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Un militaire américain et un détenu, dans la prison de Guantanamo, à Cuba, le 21 janvier 2009.
Un militaire américain et un détenu, dans la prison de Guantanamo, à Cuba, le 21 janvier 2009. — Brennan Linsley/AP/SIPA

C’était l’un des points noirs de son premier mandat, et elle pollue également le second. L’épineuse question de la fermeture du camp militaire de Guantanamo reste le caillou dans la chaussure de Barack Obama.

Alors que l’audience préliminaire du cerveau autoproclamé du 11-Septembre, Khaled Cheikh Mohammed, et de ses quatre complices présumés se déroule cette semaine sur la base américaine à Cuba, plus de 150 médecins des Etats-Unis et de Grande Bretagne lui ont écrit une lettre pour réclamer l'accès de professionnels de la santé à la prison de Guantanamo. 104 détenus sur 166 y observent en effet une grève de la faim depuis début févier pour protester contre le régime de détention illimitée pratiqué depuis plus de 11 ans à «Gitmo». Et les appels à la fermeture de cette zone de non-droit, installée par le président George W. Bush en janvier 2002, à la suite des attentats du 11-Septembre, sont de plus en plus pressants.

Tout dépend du Congrès

«Obama est de lui-même revenu sur ce sujet lors de son discours sur la politique étrangère en mai», rappelle Thomas Snégaroff, directeur de recherches à l’Iris. «Il a reformulé sa promesse de campagne -jamais tenue- de 2008, car le contexte est effectivement troublé sur ce sujet.» Le président américain tiendra-t-il sa promesse cette fois? En tout cas, il a déjà donné quelques gages en ce sens. Le responsable chargé de superviser le retour des hommes jugés libérables –car il n’y a pas d’éléments à charge contre eux- a ainsi enfin été choisi: Clifford Sloan, puissant avocat de Washington, est l’«envoyé spécial» du département d'Etat qui va rouvrir le Bureau de fermeture de Guantanamo.

Le président Obama a également levé son moratoire sur le transfèrement des détenus libérables vers le Yémen, ouvrant la voie au rapatriement de 56 Yéménites. Il a également demandé au Pentagone de trouver des lieux où pourraient se tenir les audiences des tribunaux spéciaux sur le territoire américain. Cependant, «il peut créer toutes les conditions -diplomatiques et politiques- possibles, mais cela dépend du Congrès, à majorité républicaine», rappelle le spécialiste.

Or ce dernier s’est déjà opposé à la fermeture du camp début 2009, en refusant de débloquer l'enveloppe de 80 millions de dollars prévue pour transférer les détenus. Et il risque de réitérer. «On entre dans une période électorale, les élections de mi-mandat auront lieu en novembre 2014. Les Républicains espèrent prendre le Sénat, et les questions de sécurité sont leur cheval de bataille, ils risquent de ne pas vouloir apparaître laxistes sur ce sujet», analyse Thomas Snégaroff. En effet, transférer sur le sol américain les détenus pour qu’ils soient jugés, tout comme l’accueil des «libérables», inquiète l’opinion comme les politiques.