Accord de Ouagadougou : «Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour redresser le Mali»

INTERVIEW Pour Alain Antil, chercheur responsable du programme Afrique subsaharienne à l'Ifri, l'accord signé entre le gouvernement malien et les rebelles touareg est un pas important, mais ce n'est que le début du processus...

Bérénice Dubuc

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Le président malien par intérim, Dioncounda Traore, (au fond), lors  d'une réunion avec les médiateurs avant la signature de l'accord de  Ouagadougou, le 12, juin2013 à Bamako.
Le président malien par intérim, Dioncounda Traore, (au fond), lors d'une réunion avec les médiateurs avant la signature de l'accord de Ouagadougou, le 12, juin2013 à Bamako. — AFP PHOTO / AHMED OUOBA

Mardi, un accord a été conclu à Ouagadougou entre le gouvernement malien et les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et du Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), après dix jours de négociations. Cet accord doit ouvrir la voie à la présidentielle prévue le mois prochain, scrutin crucial pour sortir le pays de la crise. Cependant, pour Alain Antil, chercheur responsable du programme Afrique subsaharienne à l’Institut français des relations internationales (Ifri) qui a co-dirigé avec Mansouria Mokhefi Le Maghreb et son sud: vers des liens renouvelés (CNRS éditions), il n’est qu’une étape dans le redressement du pays.

Est-ce que cet accord va permettre de pacifier le pays?

On ne peut que se féliciter de la signature de l’accord de Ouagadougou, mais ce n’est que le début d’un processus. Ce sont des pas, difficiles à faire -beaucoup de Maliens sont mécontents de cet accord qui tend par exemple à laisser le MNLA échapper à la justice alors qu’il a eu recours à des enfants soldats et s’est livré à des exactions- vers la stabilité. Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

Comme l’élection présidentielle qui va -rapidement- avoir lieu…

Oui. Pour beaucoup d’analystes, ces élections arrivent trop tôt pour réunir les conditions logistiques et techniques favorables: ce scrutin va avoir lieu en plein ramadan, alors que les habitants des campagnes seront aux champs, et en pleine saison des pluies -ce qui peut perturber l’envoi et la récupération des urnes en cas de crues par exemple. La participation risque donc de ne pas être optimale.

Sans compter que se pose aussi la question logistique du vote des centaines de milliers de réfugiés, déplacés à l’intérieur du Mali mais aussi dans les pays voisins, et celle du vote de la diaspora malienne, très présente en France mais aussi en Côte d’Ivoire ou au Sénégal. Beaucoup pensent que cette élection ne sera pas de bonne qualité, ce qui entachera la légitimité du futur président élu.

Pourtant, c’est le passage quasi-obligé pour reconstruire le pays…

Il est effectivement impossible d’ouvrir des négociations sur le redressement du pays avec un président par intérim qui doit quitter le pouvoir dans trois ou quatre mois. Il faut quelqu’un d’élu. L’accord de Ouagadougou est une base de travail en vue d’un accord global et définitif de paix des futures autorités légitimes, qui traiteront avec tous les interlocuteurs du nord du pays. Le MNLA et le HCUA sont en effet des acteurs importants, mais il y a d’autres groupes, comme le mouvement arabe de l’Azawad (MAA) ou la coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance (CMFPR), un regroupement de groupes d’auto-défense.

Sans compter que les organismes de coopération -comme les agences onusiennes- ont besoin d’un partenaire légitime pour entamer ou reprendre leurs opérations dans le pays. De plus, la France s’est engagée à se retirer du Mali au profit de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), et la tenue rapide d’une élection montrerait qu’elle n’est pas vouée à rester.