Le ras-le-bol des Brésiliens pendant la campagne

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La ferveur n'est plus là. À la veille du second tour, lorsque la caravane pro-Lula traverse la zone Sud de Rio, tous drapeaux dehors et hauts parleurs déchaînés, personne ne moufte sur le trottoir. Depuis ces dernières semaines, on lit même sur le dos de nombreux joggers de bord de plage un franc ras-le-bol en lettres blanches sur tee-shirts noirs : « Lula Non, à bas la corruption». Et pourtant, le dernier sondage de la DataFolha crédite le président d'une solide avance, avec 61% des voix contre 39% pour son adversaire Geraldo Alckmin. Un écart qui se chiffre à 20 millions de voix.

Ce n'est pas sur les plateaux télévisés, où les candidats se sont déjà confrontés trois fois, avec les mêmes arguments, que la fièvre monte. Les débats se font plutôt à la plage, dans les salons de coiffure, les ascenseurs d'immeubles d'affaires. Une militante du Parti des travailleurs (PT) s'est même faite mordre le doigt par une accro d'Alckmin ! Les divisions se font jour aussi dans les rangs des déçus de Lula : jusqu'où aller pour sanctionner ses choix économiques et les dérives de corruption du PT? Le rôle de la presse est mis en question. Pour certains, la couverture du dernier scandale surgi en fin de campagne (des membres du PT auraient tenté d'acheter un dossier compromettant pour le PSDB, le parti de l'opposition) à grand coup d'image choc aurait sans doute provoqué ce second tour.

Pour son dernier meeting à São Paulo, Lula, lui, fait le dos rond et ne crie pas victoire avant l'heure. Il livre même son mea culpa - « Humblement, je reconnais que nous avons fait des erreurs » - et souhaite réunir un gouvernement plus agile « plus efficace, pour que nous réussissions à faire, dans les quatre prochaines années, le double de ce qui a été fait au cours du premier mandat.»

A Rio de Janeiro, Charlotte Valade