Pourquoi le Brésil s'embrase-t-il?

REPORTAGE Alors que de nouvelles manifestations sont prévues dans tout le pays mercredi, «20 Minutes» est allé à la rencontre des contestataires qui expriment leur ras-le-bol général contre la situation économique et politique du pays...

Corentin Chauvel
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Manifestants dans les rues de Rio, au Brésil, le 17 juin 2013.
Manifestants dans les rues de Rio, au Brésil, le 17 juin 2013. — CHRISTOPHE SIMON / AFP

De notre correspondant à Rio de Janeiro

 «Rio se réveille!» Le slogan est porté haut sur les affiches et dans les chants des milliers de manifestants descendus dans les rues du centre de Rio de Janeiro lundi soir. Mais c’est en réalité tout le Brésil qui se mobilise depuis une semaine, profitant de la vitrine offerte par la Coupe des Confédérations, pour exprimer son ras-le-bol contre la situation économique et politique du pays.

A l’origine de ce mouvement, baptisé «Passe livre» («billet gratuit»), une étincelle: l’augmentation de 20 centimes (environ 6 centimes d’euros), dans plusieurs grandes villes, du prix du ticket de transport en commun. «Les gens ont vu la force que cela représentait et ont profité de l’occasion pour protester contre tout ce qui ne va pas dans le pays», explique Luciano, un designer de 31 ans.

Et la liste est longue. «Inflation des prix, précarité du système éducatif et de santé, salaires bas, corruption,…», détaille Julia, 28 ans, drapeau du Brésil sur les épaules. «Tout l’argent investi pour la Coupe du monde et les Jeux Olympiques aurait pu servir à combler ces problèmes, au lieu de cela, il a été détourné», déplore-t-elle.

Le réveil des «témoins silencieux»

La jeune femme, qui travaille comme éducatrice dans une favela de Niteroi, ville située juste en face de Rio, est passionnée par le mouvement qui prend forme, largement diffusé grâce aux réseaux sociaux. Durant tout le défilé aux faux airs de carnaval qui traverse le centre de la ville, elle ne cesse de chanter et d’applaudir des slogans qui prennent en grippe toutes les sphères de l’Etat, du maire de Rio, Eduardo Paes, à la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, en passant par le gouverneur de l’Etat de Rio, Sergio Cabral.

«Je n’ai jamais vu de manifestation aussi importante dans ma vie, mais j’en suis très heureuse», sourit Claudia, une fonctionnaire de 29 ans, qui est à l’image du mouvement «Passe livre»: jeune et apolitique. «Ce sont des partis de gauche qui ont organisé ces manifestations, mais les participants vont bien au-delà du cadre politique, c’est le peuple brésilien qui est fatigué après tant de torts», précise Luciano. «Pendant des années, nous avons été des témoins silencieux, désormais nous nous réveillons», clame-t-il.

«Nous devons continuer à croire au changement»

Si de nombreuses personnes sont sorties de la pauvreté ces dernières années, leur entrée dans la classe moyenne, de plus en plus forte aujourd’hui, «a été bercée d’illusions», souligne Claudia. «Ces personnes sont entrées dans le marché de la consommation, mais n’ont pas obtenu les services qui vont avec», selon elle. Bien décidées à ne plus en payer le prix, elles sont aujourd’hui dans la rue. «Je ne réalise pas encore les conséquences de tout cela, mais il faut mettre fin à cette aliénation collective», estime Claudia.

Pour Luciano, l’espoir est permis: «Si le gouvernement n'agit pas, les protestations vont se poursuivre et ce n'est pas bon pour eux. Nous devons continuer à croire au changement, toujours.» Devant le théâtre municipal de Rio, la manifestation pacifique, débutée à 17h, se disperse dans le calme vers 20h tandis qu’une frange plus dure de manifestants s’affaire autour du parlement local, affrontant une fois de plus les forces de l’ordre.