Syrie: Jusqu’où peut aller Vladimir Poutine?

DIPLOMATIE Le président russe a mis en garde les occidentaux sur une éventuelle livraison d’armes à la rébellion syrienne...

Maud Pierron

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Vladimir Poutine, en visite à Kiev en Ukraine, le 27 octobre 2010.
Vladimir Poutine, en visite à Kiev en Ukraine, le 27 octobre 2010. — SERGEI SUPINSKY/AFP PHOTO

Jusqu’où Vladimir Poutine est-il prêt à aller? Avant même l’ouverture du G8 ce lundi au Royaume Uni, le président russe a prévenu les alliés occidentaux qu’il «ne pouvait» imaginer que des armes soient livrées aux rebelles syriens. Droit dans ses bottes et au soutien  de Bachar al-Assad, comme depuis le début du conflit il y a deux ans, pendant lequel il n’a jamais cessé de faire livrer des armes au pouvoir. Le dossier syrien est d’ailleurs l’un des gros morceaux de ce G8 et des discussions bilatérales entre Vladimir Poutine et Barack Obama mais aussi entre Vladimir Poutine et François Hollande doivent se tenir ce lundi puisque de l’avis de tous, c’est le Kremlin qui détient la clé du conflit syrien en refusant tout lâchage de Bachar al-Assad.

«Si la Syrie tombe, le prochain sera l’Iran et alors toute la géopolitique du pétrole et du gaz sera modifiée dans la région et ce sera le triomphe de l’influence américaine. La Russie ne peut pas se le permettre. Il y a trop d’intérêts économiques et stratégiques entremêlés dans la région», explique Philippe Migault, directeur de rechercher à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques), spécialiste de la Russie et des conflits armés. Et Damas «est le seul allié au Moyen-Orient» de la Russie, ajoute Thomas Pierret, maître de conférences à l'université d'Edimbourg et expert de la Syrie.

Le risque d’être «pris à son propre jeu»

Pourtant, d’après lui, Poutine joue gros sur ce dossier: sa crédibilité. «La Russie est dans une position inconfortable: Poutine a adopté une position si dure depuis le début qu’il peut difficilement faire marche arrière sans se déshonorer et s’il va de l’avant, cela peut lui coûter très cher financièrement et politiquement».  Car si les occidentaux se décidaient réellement à livrer des armes aux rebelles, Poutine a déjà annoncé qu’il livrerait des missiles S-300 anti-aériens à la Syrie. Des missiles que la Syrie ne peut se payer et que Moscou devrait donner. Et «Israël, avec qui la Russie a beaucoup de relations, prendrait très mal cette initiative», ajoute Thomas Pierret, selon qui Poutine «est le président russe le plus pro-israélien de l’histoire russe».  Pour le maître de conférence, ce dossier est devenu stratégique pour Poutine par «opportunité».  «Il surjoue la résistance aux occidentaux d’autant plus qu’il n’y a rien en face» car en restant en retrait sur ce dossiers, ils ont «ouvert un boulevard à la Russie».

Du coup, si les occidentaux haussent le ton, comme ils ont – certes très timidement – commencé à le faire, avec Washington qui a admis que la Syrie avait «franchi la ligne rouge» en usant des armes chimiques et que l’aide aux rebelles allait s’intensifier, Poutine n’aura d’autres choix que «l’escalade car il sera pris à son propre jeu».  Mais Philippe Migault, juge au contraire que la Russie «joue sur du velours» dans ce dossier. Notamment car elle s’en tient à un strict respect du droit international. Certes elle livre des armes, mais il s’agit de contrats signés avant le conflit. Et aucune arme offensive n’a été livrée, souligne-t-il. «Plus Poutine est ferme, plus il est crédible sure la scène internationale, car la diplomatie ne reconnaît que le rapport de force», insiste le directeur de recherches de l’Iris. «C’est l’occasion pour la Russie de montrer qu’elle est redevenue une grande puissance, à l’égal des Etats-Unis», un statut qu’elle a perdu après la dissolution de l’URSS. Et de s’imposer comme le chef de file pour de nombreuses puissances économiques émergentes diplomatiquement.