Iran: Hassan Rohani, le nouveau président à la manœuvre sur le nucléaire

MONDE Considéré comme modéré, ce religieux élu à la présidence iranienne a une longue expérience des négociations sur le nucléaire iranien...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le président élu iranien, Hassan Rohani, le 12 juin 2013 à Téhéran, en Iran.
Le président élu iranien, Hassan Rohani, le 12 juin 2013 à Téhéran, en Iran. — FARNOOD/SIPA

Premiers pas à la tête du pouvoir pour Hassan Rohani, élu dès samedi président de l’Iran avec un peu plus de 50% des voix. La victoire surprise de ce religieux modéré, qui devient numéro 2 du régime, clôt l’ère du populiste Mahmoud Ahmadinejad.

«Avec l’élection de Rohani, la modération et le consensus ont gagné les conservateurs. Même les durs se sont rendus compte que le régime ne pouvait plus aller dans la direction de l’obstination», souligne Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran.

>> Le bilan catastrophique du président Mahmoud Ahmadinejad, à lire ici 

Mais ce pouvoir reste fragile. L’Iran subit de graves crises économique, politique et sociale qui mettent la société sous tensions: Chômage, inflation, dépréciation de la monnaie, le rial: ces indicateurs dans le rouge résultent de très dures sanctions internationales face à un régime accusé de vouloir se doter de l’arme atomique, mais aussi de la mauvaise gestion de l’ancien président.

Quels projets?

L’exercice du pouvoir du président est aussi loin d’être solitaire, car c’est le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui, depuis 24 ans, garde la main sur tous les dossiers décisifs, tels les négociations sur le nucléaire, les relations internationales et la sécurité. Le Guide et le nouveau président se connaissent d’ailleurs très bien, Hassan Rohani ayant travaillé depuis de nombreuses années avec Ali Khamenei,  puisqu’il était, de 2003 à 2005, le chef négociateur de Téhéran pour le dossier nucléaire. Il avait d’ailleurs réussi à ouvrir des négociations sur le programme d'enrichissement iranien... qui n’avait rien donné.

Un modéré à la présidence, mais pour quels projets? «Le premier discours d’Hassan Rohani a été ouvert sur le monde et la politique intérieure. Il a dit en substance que si les grandes puissances reconnaissent à l’Iran d’enrichir de l’uranium non pas à 20%, mais plutôt à 5% pour mettre en place du nucléaire civil, il y aura les conditions d’un dialogue», analyse le chercheur.

Prémisses d’un dialogue

Une telle reconnaissance, par les chancelleries occidentales, est loin d’être acquise. Mais les prémisses d’un dialogue semblent amorcées. A l’annonce des résultats de la présidentielle iranienne, les Etats-Unis, considérés comme l’ennemi majeur, ont annoncé qu'ils étaient «prêts à collaborer directement» avec le régime sur la question du programme nucléaire, tandis que la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a souligné vouloir «travailler avec les nouveaux dirigeants iraniens en vue d'une solution diplomatique rapide à la question nucléaire».

«Néanmoins, il faut donner du temps au président pour engager des changements dans la société, et voir passer les élections législatives qui vont encore changer la physionomie de la gouvernance en Iran», souligne Karim Pakzad. «Ensuite, Hassan Rohani, qui est considéré comme un homme sage et ouvert, pourrait s’atteler au pouvoir militaire, qui est aujourd’hui plus fort que les religieux. Et peut-être penser à une transition du régime, sur les exemples du Chili post-Pinochet ou de la Corée du Sud», avance le chercheur à l’IRIS.