Turquie: Erdogan fait évacuer par la police le dernier carré des manifestants

CONTESTATION Le Premier ministre est inflexible...

avec AFP

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Les policiers turcs ont évacué samedi soir par la force le parc d'Istanbul qui abritait le dernier carré des manifestants qui défient depuis plus de deux semaines le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, entraînant la dispersion de dizaines de milliers de personnes dans les rues de la ville.
Les policiers turcs ont évacué samedi soir par la force le parc d'Istanbul qui abritait le dernier carré des manifestants qui défient depuis plus de deux semaines le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, entraînant la dispersion de dizaines de milliers de personnes dans les rues de la ville. — Ozan Kose AFP

Les policiers turcs ont évacué samedi soir par la force le parc d'Istanbul qui abritait le dernier carré des manifestants qui défient depuis plus de deux semaines le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, entraînant la dispersion de dizaines de milliers de personnes dans les rues de la ville.

Deux heures après un dernier ultimatum du chef du gouvernement, les forces de l'ordre sont passées à l'action dans la soirée en investissant le parc Gezi qu'elles ont vidé en quelques minutes de ses milliers d'occupants en les noyant sous un nuage de gaz lacrymogènes. Les tentes dans lesquelles les occupants du parc s'apprêtaient à passer une nouvelle nuit ont été détruites, leurs banderoles arrachées et des dizaines de personnes interpellées, ont constaté des journalistes de l'AFP.

«Ils sont entrés de force, avec beaucoup de gaz. Ils nous ont frappés, même les femmes», a raconté à l'AFP un des manifestants, Ader Tefiq. «J'étais à l'intérieur de la tente-hôpital (...), ils ont lancé des grenades lacrymogènes et des dizaines de policiers sont entrés», a rapporté de son côté Elif, une thérapeute de 45 ans. La police a poursuivi les manifestants dans toutes les rues environnantes, y compris dans le hall d'un hôtel luxueux copieusement arrosé par les canons à eau de véhicules antiémeute et gazé.

«Il s'agit d'un mouvement contre le gouvernement»

Selon la coordination des manifestants, baptisée Solidarité Taksim, des «centaines» de personnes ont été blessées lors de l'opération. Le gouverneur d'Istanbul Huseyin Avni Mutlu a lui évalué le nombre des blessés à 29. Le vice-Premier ministre Huseyin Celik s'est félicité de l'évacuation du parc. «J'espère que nous pourrons oublier tout ça, comme un mauvais rêve ou un cauchemar», a-t-il dit.

De son côté, le collectif Solidarité Taksim a condamné l'opération, qui «a transformé le parc Gezi, Istanbul et le pays en zone de guerre». «Cette attaque brutale de la police doit s'arrêter. Le parti au pouvoir sera tenu pour responsable des événements», a-t-il ajouté. A peine connue la nouvelle de l'évacuation du parc, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul, avec l'intention de marcher sur la place Taksim.

«Nos revendications dépassent les limites du parc Gezi, à présent, il s'agit d'un mouvement contre le gouvernement», a déclaré à l'AFP une étudiante, avant d'ajouter: «Nous allons continuer et personne ne nous arrêtera». «C'est le point de non-retour», a renchéri un autre manifestant, estimant qu'«il s'agit de défendre la liberté en Turquie».

La police a continué dans la nuit à intervenir à grand renfort de gaz et de canons à eau pour disperser la foule sur plusieurs artères de la ville.

Irréductibles

A Ankara, des milliers de personnes ont également manifesté en fin de soirée. Aucun incident n'avait été signalé dans la capitale. Des manifestants sont également descendus dans la rue à Izmir (ouest). En fin d'après-midi, le chef du gouvernement avait lancé un nouvel avertissement aux manifestants, lors d'un discours prononcé devant plusieurs dizaines de milliers de ses partisans réunis dans une lointaine banlieue d'Ankara.

«Nous avons une réunion publique demain à Istanbul. Je le dis clairement: si Taksim n'est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l'évacuer», a lancé Recep Tayyip Erdogan sur le ton ferme qu'il affectionne depuis le début de la crise. Quelques heures plus tôt, la coordination de manifestants avait annoncé son refus de quitter le parc Gezi, malgré les gestes de conciliation du pouvoir au nom de la «résistance contre toute injustice dans notre pays».