Iran: un chef d'Etat qui a moins de pouvoir que le Guide suprême

MONDE Hassan Rohani, le nouveau président, n'est que le deuxième personnage de l'Etat derrière Ali Khamenei, le Guide suprême...

V.C. (avec AFP)

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Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei (à droite), à Téhéran le 27 mai 2013.
Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei (à droite), à Téhéran le 27 mai 2013. — AP/SIPA

Deuxième personnage de l'Etat derrière le Guide suprême Ali Khamenei qui détient le véritable pouvoir en Iran, le président de la République dispose néanmoins de prérogatives qui lui donnent une certaine marge de manoeuvre. Selon la Constitution, le Guide suprême «définit les grandes politiques du régime de la République islamique et (...) les supervise». Il détient notamment le pouvoir d'organiser un référendum, de déclarer la guerre ou d'annoncer la paix. C'est également lui qui nomme les membres du Conseil des gardiens de la Constitution, le chef de l'autorité judiciaire et le patron de la radio et télévision d'Etat.

Le Guide suprème, chef des armées...

Ses pouvoirs en matière militaire sont particulièrement importants. Chef des armées, il décrète la mobilisation générale, nomme les principaux responsables militaires -notamment des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du pays et du bassidj (milice islamique)- ainsi que de la police. Il est aussi chargé de «régler tout problème insoluble du régime». Il peut aussi «démettre le président en tenant compte des intérêts du pays après un avis de la Cour suprême ou d'un vote de défiance du Parlement».

Le Guide s'appuie également sur le Conseil suprême de sécurité nationale chargé des questions stratégiques du pays. Il est officiellement présidé par le président de la République, mais le véritable responsable est son "secrétaire", choisi parmi ses deux représentants. Le poste est actuellement occupé par Saïd Jalili, candidat malheureux face à Hassan Rohani, élu samedi à la présidence. Ce conseil rassemble les principaux ministres --Défense, Renseignement, Intérieur et Affaires étrangères-- ainsi que le président du Parlement, le chef du pouvoir judiciaire et les commandants des forces armées.

Un président seulement chargé de la logistique

Le président de la République est quant à lui responsable de «l'application de la Constitution et de l'exécutif, à l'exception des affaires qui concernent directement le Guide suprême». Le président doit aussi tenir compte du Parlement qui vote la confiance à ses ministres et adopte le budget. Le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, s'est plaint ces deux dernières années de la «guérilla» menée par les députés contre ses projets de lois. En particulier, il a accusé le Parlement, pourtant dominé par les conservateurs, d'avoir totalement changé le projet de budget qui a été finalement adopté la semaine dernière, trois mois après le début de l'année budgétaire.

Une affaire de personnalité

Mahmoud Ahmadinejad s'était plaint qu'on lui ronge ses pouvoirs alors que l'ancien président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005) avait déclaré à la fin de second mandat que le président était seulement «chargé de la logistique». Hassan Rohani devra aussi composer avec les conservateurs qui contrôlent la totalité des institutions du pays. Même la majorité des membres du Conseil de discernement, dirigé par l'ex-président modéré Akbar Hachémi-Rafsandjani, sont des conservateurs.

Reste que le pouvoir du président dépend aussi largement de sa personnalité. «La personnalité consensuelle de M. Rohani peut lui permettre de renforcer sa marge de manoeuvre», estime ainsi un responsable réformateur ayant requis l'anonymat. «Surtout, il bénéficie du soutien populaire mais aussi de ses connections au sein du camp conservateur.»

L'ayatollah Khamenei a récemment rappelé l'importance du rôle du chef de l'exécutif. «Quelqu'un est élu pour quatre ans et prend en main la destinée du pays, mais certaines décisions et actions, bonnes ou mauvaises, peuvent avoir des répercussions pendant quarante ans.»