Iran: Le bilan catastrophique de Mahmoud Ahmadinejad

MONDE En huit ans, le président iranien sortant, ultraconservateur, a accumulé les ratés. Il a ruiné l’économie, accentué l’isolement de son pays sur la scène internationale, et réussi à se mettre à dos à la fois les réformateurs, les mollahs, mais aussi les déshérités, dont il se dit le défenseur...

Faustine Vincent

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L'Iran a accueilli ce message "favorablement" mais avec prudence, soulignant attendre des Etats-Unis des actes concrets pour réparer leurs "erreurs passées".
L'Iran a accueilli ce message "favorablement" mais avec prudence, soulignant attendre des Etats-Unis des actes concrets pour réparer leurs "erreurs passées". — Atta Kenare AFP/Archives

Le président iranien sortant, ultraconservateur, laisse derrière lui un bilan catastrophique. Mauvais gestionnaire, Mahmoud Ahmadinejad a d’abord ruiné l’économie du pays. La suppression, en 2010, des subventions que versait l’Etat pour les produits de première nécessité (dont l’énergie) fait partie de ses plus grandes erreurs: le pouvoir d’achat des Iraniens a brusquement plongé. Le remplacement de ces subventions -qui représentaient 100 milliards de dollars par an (70% du budget de l’Etat)- par des allocations aux plus pauvres n’a pas permis de compenser l’appauvrissement, mais a surtout encouragé le clientélisme, et dilapidé le capital de sympathie que ce populiste avait auprès des déshérités.

Grave crise économique

Aujourd’hui, le pays affronte l’une de ses plus importantes crises économiques, aggravée par les sanctions internationales liées au programme nucléaire iranien. L'inflation a atteint plus de 30% - du jamais-vu depuis 17 ans-, la valeur du rial s’est effondrée de près de 70%, et les recettes du pétrole, première source de revenus du pays, ont été divisées par deux entre 2011 et 2012. Le chômage a quant à lui augmenté: officiellement de 12,2%, il atteindrait en réalité 25,4%, selon un rapport dévoilé cette semaine à Paris par un opposant en exil, Amir Hossein Jahanshahi, et présenté comme émanant du pouvoir à Téhéran. Signe de la gravité de la crise, aucun des six candidats à la présidentielle de ce 14 juin ne la conteste.

«Ahmadinejad faisait n’importe quoi, résume Djamchid Assadi, professeur au Groupe ESC-Dijon et directeur de l’ouvrage collectif L'Iran sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad: bilan et perspectives (L’Harmattan). Il se sentait illuminé et se croyait un serviteur élu du peuple. Il a mis à l’index les seules institutions économiques semi-autonomes du pays, pensant qu’elles l’empêchaient d’accomplir sa politique et qu’elles étaient infiltrées par des corrompus».

Le pion du Guide suprême

Le président sortant s’est aussi distingué par une gestion diplomatique calamiteuse, usant d’un pouvoir de nuisance qui s’est retourné contre lui et son peuple. Ses multiples provocations verbales (dont le fracassant «il faut rayer Israël de la carte!») et ses menaces sur le nucléaire (l’Iran est soupçonné de vouloir se doter de l’arme atomique) ont soulevé l’indignation dans le monde entier et poussé à renforcer les sanctions internationales, isolant le pays encore plus.

Mais Mahmoud Ahmadinejad n’est pas le seul responsable de ce bilan désastreux. «Le Guide suprême [et numéro un du régime, Ali Khamenei], en est aussi un peu comptable, car c’est lui qui a validé sa réélection contestée en 2009», souligne David Rigoulet-Roze. Le chercheur, rattaché à l’Institut d’Analyse Stratégique (IFAS), rappelle également que «la fonction présidentielle en Iran n’est pas la plus importante» et qu’au final, «le Guide est le seul à décider». «Ahmadinejad a été le pion du Guide suprême au moment où ce dernier avait besoin de quelqu’un pour écraser le mouvement ‘’vert’’ des réformateurs», ajoute-t-il.

Mais Ali Khamenei semble avoir sous-estimé un point capital: Mahmoud Ahmadinejad était un président laïc –le premier depuis 1981. «Leur relation s’est dégradée lorsqu’Ahmadinejad, qui tient un discours à la fois messianiste et laïc -ce qui peut paraître paradoxal vu d’Occident- a entamé un travail de sape du principe de la primauté des religieux sur le politique (Velayat-e faqi), la base de la Constitution iranienne de 1979. A partir de là, le Guide a décidé de s’en débarrasser». La rupture a signé le début de la disgrâce pour Ahmadinejad, dont le parcours présidentiel s’achève ce vendredi avec l’élection de son successeur, laissant un pays exsangue.

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