Afghanistan : le retour en force des talibans

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Jalil Rezayee AFP

« Bombe ! Bombe ! », crie un vieil homme en habit traditionnel en voyant un homme à vélo qui transporte des fils électriques. La foule se met à courir dans tous les sens. Les scènes de panique de ce genre sont régulières depuis quelques semaines à Kaboul, pourtant relativement calme par rapport à Kandahar, ville du Sud et ancien bastion du mollah Omar. En début de semaine, les services de renseignements afghans ont saisi deux camions transportant des centaines de kilogrammes de composants pour fabriquer des bombes à l'est de la ville. Et désormais, des responsables d'écoles fouillent les élèves, par crainte que des jeunes aient été embrigadés par la rébellion et entraînés à perpétrer des attentats-suicides.

Kaboul n'a jamais connu autant d'attaques que depuis cet automne. Certains militants arrêtés étaient de simples étudiants, comme Saïd Mohammad, qui a décidé seul d'aider les talibans. « Je veux juste combattre les étrangers, les Américains, tous ceux qui sont des ennemis de notre religion et de notre pays », expliquait-il début octobre. Pour le général français Le Bot, chef des troupes de l'Otan pour Kaboul et sa région, « les talibans et le parti de Gulbuddin Hekmatyar (ancien Premier ministre fondamentaliste) veulent instaurer une terreur permanente à Kaboul, mais pas à un niveau élevé – une ou deux attaques par semaine ». Depuis le 8 septembre, seize personnes sont mortes, dont deux soldats américains cibles d'un kamikaze. Et de nombreuses attaques ont été déjouées par les forces de sécurité. Cinq ans après avoir fui presque sans combattre, les talibans n'ont jamais été aussi influents.

A Kaboul, Anne Le Troquer

Les chiffres : 40 000 soldats étrangers sont déployés en Afghanistan, dont 31 000 de l'Isaf, dirigée par l'Otan. 1 900 militaires français sont sur place, dont 200 forces spéciales. 2 500 talibans ont été tués cette année. 20 000 familles ont été déplacées à cause des récents combats dans le sud du pays. 92 % de l'opium mondial serait produit en Afghanistan en 2006, selon les Nations unies contre la drogue et le crime.