Obama critiqué pour avoir intensifié le programme d'espionnage téléphonique de Bush

ETATS-UNIS Les révélations du «Guardian» mettent à mal le président américain...

P.B. avec AFP

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Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche
Barack Obama dans le bureau ovale de la Maison Blanche — WHITE HOUSE/P.SOUZA

Il avait promis le changement. Mais en matière de lutte antiterroriste, Barack Obama s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Le quotidien britannique The Guardian a révélé, mercredi, que le département de la Justice avait forcé l'opérateur Verizon à livrer quotidiennement à l'Agence nationale de sécurité (NSA) la totalité des données téléphoniques de ses abonnés, d'avril à juillet. Des parlementaires ont ensuite annoncé que la surveillance sous cette forme durait depuis sept ans. Il est probable que tous les opérateurs aient été concernés.

Détail important, l'agence n'a, officiellement, pas accès au contenu des conversations. Elle ne récupère que des métadonnées: numéros de téléphone des deux interlocuteurs, durée de l'appel et numéro IMEI (identifiant d'un mobile). En revanche, tous les appels sont concernés, et pas seulement ceux passés vers l'étranger, comme sous George W. Bush.

Lutte antiterroriste

La collecte par la NSA, dont les serveurs interceptent déjà des milliards de communications téléphoniques et électroniques dans le monde, est un «outil crucial» pour lutter contre le terrorisme, a commenté jeudi matin un haut responsable américain, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat. Ce dernier a insisté sur le fait que l'ordonnance «ne permettait pas au gouvernement d'écouter les conversations téléphoniques de quelqu'un» et ne portait pas sur «le contenu des communications ou le nom des abonnés».

«L'information qu'ils recherchent est à l'autre bout de l'appel», a expliqué Saxby Chambliss, vice-président républicain de la commission du Renseignement du Sénat, lors d'une conférence de presse. «Si un numéro correspond à un numéro terroriste appelé depuis un numéro américain (...) alors il peut être signalé, et ils peuvent demander une ordonnance de justice pour aller plus loin dans ce cas précis». «Cela sert à débusquer (quelqu'un) avant que quelque chose n'arrive, cela s'appelle protéger l'Amérique», a assuré Dianne Feinstein, la présidente démocrate de la commission, qui a confirmé que les élus habilités du Congrès étaient régulièrement informés par l'exécutif.

«Au-delà d'Orwell»

Mais la révélation a concrétisé les pires craintes des défenseurs des libertés individuelles, qui tentent depuis des années de faire la lumière sur l'utilisation par le gouvernement d'une clause du «Patriot Act», la loi antiterroriste votée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

«Cela va au-delà d'Orwell», a dénoncé Jameel Jaffer, de la grande ONG American Civil Liberties Union (ACLU), en référence au livre d'anticipation de George Orwell, 1984. ACLU est allée en justice, en vain à ce jour, pour forcer le gouvernement à s'expliquer sur l'utilisation du Patriot Act. «C'est une nouvelle preuve de l'étendue avec laquelle les droits démocratiques de base sont remisés au second plan, en secret, au profit des agences de renseignement qui n'ont de comptes à rendre à personne», a-t-il indiqué dans un communiqué.

L'Electronic Frontier Foundation a, elle, dénoncé «un programme d'écoute anticonstitutionnel» et réclamé l'organisation d'un grand débat sur la collection d'informations à l'ère du numérique.

Hérité de George W. Bush

En 2006, le quotidien américain USA Today avait déclenché un choc aux Etats-Unis en révélant que la NSA collectait secrètement les données de communications d'Américains auprès des grands opérateurs du pays. Le programme ne concernait alors que les communications entre un interlocuteur situé aux Etats-Unis et un autre à l'étranger. L'administration de George W. Bush avait ensuite modifié le programme pour que les demandes de saisies passent par un juge d'une cour secrète, dédiée aux écoutes.

Depuis 2001, le Congrès a prolongé le Patriot Act et assoupli les critères permettant au FBI de réclamer les données téléphoniques. Les réactions des élus étaient partagées jeudi, certains n'ayant visiblement pas été informés de l'ampleur exacte de la surveillance. «S'il ne s'agit que de cibler (les jihadistes), je ne pense pas que j'ai un problème», a dit le républicain John McCain. «Mais s'il s'agit de chercher en vrac qui appelle qui, en toute circonstance, alors cela mérite des auditions parlementaires».