Turquie: «La situation devient incontrôlable»

Cédric Garrofé

— 

 Des manifestants se réjouissent du départ des forces de l'ordre, place Taksim, le 1er juin à Istanbul (Turquie).
 Des manifestants se réjouissent du départ des forces de l'ordre, place Taksim, le 1er juin à Istanbul (Turquie). — no credit

Depuis vendredi, les incidents se multiplient en Turquie entre les forces de l'ordre et les manifestants qui accusent notamment le gouvernement de vouloir «islamiser» la société turque laïque. La tension est encore montée d’un cran lundi soir après la mort par balles d’un jeune homme à Hatay, dans le sud du pays. 

>> Pourquoi la Turquie s’enflamme soudain
 
Plusieurs internautes ont répondu à notre appel pour témoigner de la situation sur place:
 
>> Jack, étudiant français en Erasmus à Istanbul: «La situation est incontrôlable»
 
«Le gouvernement utilise la force comme seul moyen de dialogue. A Istanbul, où j’habite, les habitants ouvrent leurs portes aux manifestants pour qu’ils puissent se réfugier, le temps que les gaz se dissipent. Les docteurs sortent dans les rues pour proposer des aides d’urgence. Les avocats offrent gratuitement leurs services à ceux qui sont arrêtés par la police. Enfin, de nombreux magasins ouvrent le wifi pour que les manifestants puissent se connecter à Internet et communiquer. Le gouvernement n’hésite pas à brouiller la 3G régulièrement…
 
Ici, la situation devient incontrôlable. La police ne se défend plus, elle attaque. La violence est inouïe. Ils utilisent des véhicules blindés. Ils n’hésitent pas à gazer et rouer de coups les citoyens.»
 
>> Julie, Française vivant à Istanbul depuis plus d'un an et demi, nous a adressé plusieurs photos et vidéos
 
 
 
>> Augusta: «Ils confisquent même nos médicaments»
 
«Les policiers sont partout. Certains contrôlent les sacs des passants et confisquent non pas des armes ou des objets susceptibles de semer le trouble mais des médicaments ou des articles de premiers soins. Les gens veulent la démission d'Erdogan, ils ne renonceront pas. »
 
>> Timour, citoyen franco-turc à Istanbul: «L'extrême brutalité des policiers m'a fait prendre part aux manifestations»
 
«Les manifestants ont généralement entre 15 et 30 ans. Ces jeunes forment l'écrasante majorité des cortèges. Ils ont grandi sous le pouvoir de l'AKP et dénoncent tantôt la personnalisation et l'autoritarisme du pouvoir, tantôt ce qu'ils ressentent comme une «islamisation» de la société turque. La répression policière est extrêmement brutale. Pour ma part, c'est véritablement ce qui m'a fait prendre part aux manifestations. 
 
Je souhaite que la Turquie devienne une démocratie réelle et apaisée, respectant les droits des oppositions et des minorités, avec un sens de la concertation.
 
C'est justement pour en finir avec l'autoritarisme et la brutalité des forces de l'ordre et des rapports sociaux que je suis descendu, comme tant d'autres, dans la rue.»
 
>> Manon Gay, étudiante française Erasmus à Istanbul nous a envoyé deux photos
 
 
«Les manifestants crient des slogans anti-gouvernementaux lors du rassemblement au GEZI park, place Taksim lundi 4 juin 2013 notamment: "Erdogan istifa" ("Erdogan demissionne!")»
 
 
«Coupez le gaz, enlevez les canons à eau, on va nettoyer.»
 
>> Mehmet, Turc et ancien étudiant en France: «Les médias sont muets»
 
«Les médias restent muets et refusent de diffuser ce qui se passe pendant les manifestations. 
 
Le Premier ministre Erdogan est parti en visite au Maghreb alors que les manifestations se déroulent, parfois de manière sanglante, entre les forces de l'ordre et les manifestants.
 
Les policiers sont très violents et cachent les numéros inscrits sur leurs casques, qui permettent normalement de les identifier.
 
 
Le gouvernement a bloqué l’accès à de nombreux sites Internet. Les artistes et les journalistes ont peur de s'exprimer. C'est affreux… »
 
Des Turcs, hostiles aux manifestations, nous ont également adressés plusieurs témoignages:
 
>> Halil, Turc vivant en France: «Je suis contre les manifestations»
 
«Les Turcs ne voient pas comment la Turquie a évolué pendant ces dernières années. Lorsqu'on dit qu'Erdogan est un dictateur, cela me fait rire. L'interdiction de l'alcool, ce n’est rien qu’une réforme, comme dans plusieurs pays européens. L'alcool est la première cause d'accident en Turquie.
 
Le Premier ministre a proposé de nombreuses réformes. Désormais, les citoyens peuvent se soigner dans les hôpitaux public et privés. Ce n'était pas possible avant. Il a aussi créé une CMU, comme en France, et commence à créer des allocations familiales.
 
Qu'avez-fait les autres avant lui? Rien.»
 
A lire, aussi, le témoignage d'Asefty dans les commentaires de l'article.