Laurent Fabius confirme l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, la Maison blanche estime que les preuves sont insuffisantes

SYRIE Le Quai d’Orsay a la preuve que du Sarin a été utilisé en Syrie...

avec AFP

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Laurent Fabius à la sortie d'un conseil des ministres le 6 mars 2013.
Laurent Fabius à la sortie d'un conseil des ministres le 6 mars 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«La France a la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée» a affirmé Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères ce mardi 4 juin après avoir fait analyser des échantillons. Des analyses effectuées par un laboratoire français, désigné par l'Organisation pour l'Interdiction des armes chimiques pour l'identification des toxiques de guerre, sur des échantillons en possession de Paris «démontrent la présence de sarin» et «la France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée», selon ce communiqué. Néanmoins, la Maison blanche a jugé que «davantage de preuves sont nécessaires» avant de pouvoir conclure définitivement à l'utilisation de gaz.

Pas d’impunité pour les coupables

Selon une source diplomatique, les échantillons proviennent de Jobar, dans la banlieue de Damas, où deux envoyés spéciaux du journal Le Monde ont été témoins mi-avril de l'utilisation de gaz toxiques et ont rapporté des échantillons aux autorités françaises, et de Saraqeb, dans le nord-ouest du pays, où une attaque a été signalée fin avril. Laurent Fabius précise qu'il a remis les résultats des analyses mardi matin au Professeur Ake Sellström, chef de la mission d'enquête mise en place par le Secrétaire général des Nations Unies et chargée d'établir les faits sur les allégations d'emplois d'armes chimiques en Syrie.

«Nous avons décidé de communiquer aussitôt à la mission compétente des Nations unies et publiquement les éléments en notre possession. Il serait inacceptable que les coupables de ces crimes puissent bénéficier de l'impunité», selon le communiqué du ministre. Par ailleurs, la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie a, dans un rapport publié mardi, répertorié l'usage d'agents chimiques à au moins quatre occasions en Syrie, en mars et avril.

Les enquêteurs font état de 4 événements (à Khan Al-Assal près d'Alep le 19 mars; à Uteibah près de Damas le 19 mars; dans le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep 13 avril; et dans la ville de Saraqeb le 29 avril) lors desquels ces agents auraient été utilisés, mais leurs enquêtes n'ont pour l'instant «pas permis d'identifier la nature de ces agents chimiques, les systèmes d'armes employées ni qui les a utilisés».

Suspicions fortes de la Communauté internationale

Le 6 mai, Carla del Ponte, membre de la Commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'Homme en Syrie, avait affirmé que les rebelles syriens avaient fait usage du gaz sarin, évoquant des «témoignages recueillis». Le 24 avril dernier, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel avait indiqué que selon certaines agences américaines du renseignement, le régime syrien avait utilisé du sarin à petite échelle en Syrie, sans détenir de preuve formelle.

 Le sarin hautement toxique, 500 fois plus que le cyanure, est interdit de fabrication et sa conversation sont interdites depuis 1993. Damas disposerait également de gaz VX, un autre neurotoxique dérivé du sarin, encore plus puissant. Le régime syrien, qui a reconnu pour la première fois le 23 juillet 2012 posséder des armes chimiques, disposerait de «centaines de tonnes» d'agents chimiques divers, selon le centre d'études sur la non-prolifération à l'Institut Monterey, aux Etats-Unis.