Turquie, la guerre des Internets

P.B. avec AFP

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En Turquie, les opposants à Erdogan se rassemblent notamment via Twitter avec le hashtag "occupygezi.
En Turquie, les opposants à Erdogan se rassemblent notamment via Twitter avec le hashtag "occupygezi. — DR

La mobilisation ne faiblit pas. Au 4e jour des manifestations contre le gouvernement du Premier ministre Tayyip Erdogan, des milliers de personnes ont à nouveau envahi l'emblématique place Taksim d'Istanbul et les rues de la capitale Ankara. Et comme lors du Printemps arabe, Internet et les réseaux sociaux jouent un rôle central dans le mouvement.

«C'est notre arme principale. On utilise surtout Twitter pour communiquer, connaître les endroits sécurisés pour manifester, la position de la police etc. Sur Facebook, on partage surtout des photos ou des vidéos», explique à 20 Minutes une jeune Turque d'Istanbul. Leur hashtag de ralliement: #occupygezi, du nom d'un parc que le gouvernement a unilatéralement prévu de défoncer au bulldozer dans le cadre d'un projet de réaménagement. Les opposants y voient, avec la nouvelle loi restreignant la vente d'alcool expédiée en deux semaines au Parlement, le signe d'une absence de démocratie et d'une islamisation rampante de l'Etat laïc fondé par Atatürk en 1938.

«La pire menace de la société», selon Erdogan

Le Premier ministre, lui, rappelle que son parti conservateur a remporté trois législatives à la suite – la dernière avec près de 50% des voix– et il n'apprécie pas le rôle d'Internet dans la mobilisation. «Il y a une menace et elle s'appelle Twitter. On y trouve les pires mensonges. Les médias sociaux sont la pire menace de notre société», a lancé Erdogan dimanche dans un message télévisé. Selon lui, les manifestants sont «une minorité d’extrémistes» encadrés par l'opposition.

Selon une manifestante, le Premier ministre inverse les rôles. «Pour savoir ce qu'il se passe vraiment en Turquie en ce moment, c'est sur Internet, via RedHack ou Anonymous. D'après elle, les principaux médias sont trop contrôlés par le gouvernement pour offrir un éclairage indépendant. Au cours du week-end, même la branche turque de CNN a largement ignoré les manifestations, préférant diffuser un documentaire animalier au plus fort d'échauffourées qui ont fait au moins 1.500 blessés.

Un pays très social

Après avoir d'abord adopté le réseau social Orkut, la Turquie est passée à Facebook et Twitter. Aujourd'hui, le taux de pénétration de Facebook y est supérieur à celui de la France (44% des 75 millions d'habitants contre 38% dans l'Hexagone).

S'il s'agit d'une «menace», selon Erdogan, le Premier ministre n'a pas, semble-t-il, encore restreint l'accès au Web, comme l'Egypte, l'Iran, la Syrie ou la Tunisie ont pu le faire. «On entend dire que certains ont du mal à se connecter à certains sites», affirme un internaute. Mais cinq Turcs interrogés par 20 Minutes n'ont pas constaté de problème. Pour l'instant.