Royaume-Uni: Les liaisons dangereuses des parlementaires avec les lobbies

MONDE Des parlementaires britanniques ont été filmés à leur insu en train de proposer leurs services à des lobbies contre de l'argent. Ce nouveau scandale remet sur la table la nécessité de réformer le système britannique pour éviter les dérives...

Faustine Vincent

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Capture d'écran de la vidéo dans laquelle Lord Cunningham propose ses services à un lobby en échange d'argent.
Capture d'écran de la vidéo dans laquelle Lord Cunningham propose ses services à un lobby en échange d'argent. — DR

Le vice-Premier ministre britannique, Nick Clegg, l’a assuré lundi dans le Daily Telegraph: il est «déterminé» à mener à bien une réforme parlementaire pour moraliser la vie politique. Dans une lettre publiée dans le quotidien, Clegg dénonce «le côté trouble de la politique britannique» où «des parlementaires sont accusés de profiter de leur position, et des hommes d'affaires de trop les approcher». Le leader du Parti libéral-démocrate s’exprimait alors qu’un nouveau scandale éclabousse quatre parlementaires, filmés à leur insu en train de proposer leurs services contre de l’argent.

Dans l’une des vidéos, John Laird, du Parti unioniste d'Ulster, propose à des journalistes de la BBC se faisant passer pour des lobbyistes de poser des questions au Parlement contre 2.000 livres par mois. Dans un autre enregistrement, le député du Parti travailliste Jack Cunningham, un ancien ministre de Tony Blair, indique à des journalistes du Sunday Times se faisant passer eux aussi pour des lobbyistes au service d'une entreprise d'énergie solaire, qu'il peut leur «permettre de rencontrer des gens, si besoin des membres du gouvernement», et évoque une rémunération de 12.000 livres (14.000 euros) par mois.

Plus sensibles aux sirènes des lobbies

«Ce qui est intéressant, c’est de se demander pourquoi c’est surtout le chambre des Lords qui est touchée», estime Jean-Claude Sergeant, coauteur de Ethique politique et corruption au Royaume-Uni (Presses universitaires de Provence). Trois d’entre eux sont en effet issus de la chambre des Lords (deux ont été suspendus en attendant une enquête, le troisième a démissionné), tandis que le quatrième appartenait à la chambre des Communes (il a démissionné vendredi). «Les membres de la chambre des Lords [chambre haute du Parlement] n’ont pas de revenu fixe, contrairement aux députés de la chambre des communes [chambre basse], explique le spécialiste de civilisation britannique. Ils ont seulement une indemnité journalière minime et un défraiement, ce qui les rend plus sensibles aux sirènes des lobbies».

Vœu pieux

Pour éviter ces dérives, la chambre des Lords, qui compte près de 800 membres, avait renforcé son code de bonne conduite en 2011, deux ans après une précédente enquête du Sunday Times faisant déjà état des liaisons dangereuses entre parlementaires et lobbies. Cela n’a manifestement pas suffi. De son côté, le gouvernement s’était engagé à moraliser la vie politique. Un vœu pieux. «Il était prévu de créer un registre des groupes de pression ‘’respectables’’ qui auraient eu droit de cité au Parlement. Cela n’a pas été fait. On marche sur des œufs, car cela créerait une distinction entre les «bons» et les «mauvais» lobbies et pourrait générer la suspicion et des inimitiés», explique Jean-Claude Sergeant.

Encadrer les rapports entre les entreprises et les groupes politiques est d’autant plus délicat que les entreprises financent les partis politiques, en particulier le parti conservateur. Aujourd’hui, le scandale remet toutefois les autorités sous pression. Nick Clegg propose ainsi de renvoyer un député en cas de «comportement grave», et l'établissement de la fameuse liste des lobbyistes autorisés auprès du Parlement. Reste à concrétiser ces nouvelles promesses.