Quel rôle joue le Hezbollah libanais en Syrie ?

DECRYPTAGE Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU se penche ce mercredi sur un projet de résolution condamnant « l’intervention de combattants étrangers » à Qousseir, en Syrie. Ce projet vise, sans le nommer, le Hezbollah libanais, qui revendique désormais pleinement son implication...

Faustine Vincent

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Le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, le 25 mai 2013.
Le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, le 25 mai 2013. — AFP

«C’est notre bataille» a clamé haut et fort samedi le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah. Après avoir longtemps minoré son implication dans le conflit syrien, le mouvement chiite revendique désormais clairement son soutien au régime de Bachar al-Assad. «A propos des militants du Hezbollah présents dans la bataille, les chiffres hésitent entre 3.000 et 10.000. Notre estimation est autour de 3.000, 4.000», a affirmé mercredi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Aux yeux du Hezbollah, le maintien au pouvoir du président syrien est essentiel pour assurer sa propre survie, Damas étant, avec Téhéran, son principal allié et fournisseur d’armes. Le mouvement chiite est également convaincu que le conflit syrien menace les chiites. Il soutient donc le régime syrien dominé par les alaouites, une branche du chiisme, alors que les rebelles en Syrie sont en majorité des sunnites.

«Sanctionner est délicat»

Le rôle du Hezbollah libanais en Syrie est apparu clairement avec la bataille de Qousseir, ville stratégique près de la frontière libanaise encore aux mains des rebelles, dans laquelle le Hezbollah a perdu 22 membres en se battant au côté de l’armée syrienne.

Cette implication inquiète les Etats-Unis, la Turquie et le Qatar, qui ont déposé un projet de résolution débattu ce mercredi pour condamner «l’intervention de combattants étrangers» à Qousseir. Le projet vise, sans le nommer, le Hezbollah. Présenté au cours d’un débat en urgence devant le Conseil des droits de l’Homme, ses résolutions n’ont toutefois pas de caractère contraignant.

En Europe, où l’on partage ces craintes sur le rôle croissant du Hezbollah, les pressions se multiplient pour classer le mouvement sur la liste européenne des organisations terroristes, comme c’est le cas aux Etats-Unis. « L’Europe chercher la position à adopter face à lui, mais sanctionner est délicat, parce que [la branche politique] du Hezbollah fait partie de la coalition au pouvoir au Liban », confie à 20 Minutes une source proche du dossier.

Aide logistique et savoir-faire

Sur le terrain, le Hezbollah fournit à l’armée syrienne de l’aide logistique, mais aussi «son savoir-faire de guérilla, de milice et de combat de rue», a expliqué Vincent Geisser à l’AFP. «C’est un plus pour le régime d’avoir une milice bien entraînée sur des opérations qu’il n’avait pas du tout l’habitude de mener», puisque la répression était menée jusqu’à récemment par des chars, des obus ou des avions.

L’engagement total du Hezbollah libanais pour soutenir le régime de Damas est un tournant pour le mouvement chiite. Fondé pour combattre Israël et défendre le Liban, il combat désormais des arabes en Syrie, et non des juifs en Israël, au risque d’entacher sa réputation au Liban, déjà ruinée dans le reste du monde arabe, où il faisait figure jusque-là de héros des opprimés.

Son rôle croissant dans le conflit a aussi favorisé l’extension de la guerre au-delà des frontières syriennes, en particulier au Liban. Ainsi,à Tripoli, 30 personnes sont mortes depuis dimanche dans des combats entre sunnites favorables à la rébellion syrienne et alaouites, partisans du régime de Bachar al-Assad. Le chef du Hezbollah a appelé samedi à éviter toute confrontation dans le pays. Il est peut-être déjà trop tard.