Paul Lendvai : «La crise actuelle n'a rien à voir avec 1956»

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Interview de Paul Lendvai, journaliste autrichien, auteur des Hongrois, éd. Noir sur Blanc.

La Hongrie fête les 50 ans du soulèvement de Budapest dans un climat tendu après les manifestations contre le Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany, qui a menti sur son programme de rigueur économique pour se faire réélire en avril dernier. Des incidents sont-ils à craindre ?

La mobilisation a été très longue – plus de deux semaines. Il y a un risque que cela dégénère jusqu'au 4 novembre (date de l'intervention finale de l'armée soviétique en 1956). C'est une période critique et l'opposition ne peut pas tout contrôler. Mais je pense malgré tout que les commémorations se passeront bien.

L'opposition compte boycotter l'hommage prévu par le gouvernement, estimant que « c'est une provocation qui va à l'encontre de l'esprit de 1956 », où « les gens protestaient contre des mensonges »...

C'est blasphématoire de comparer la tempête politique récente avec la révolution de 1956. A l'époque, il s'agissait d'un soulèvement contre la domination et le pouvoir hégémonique de l'URSS, et contre la dictature hongroise installée par les Soviétiques en 1945. Aujourd'hui, la Hongrie a obtenu la paix démocratique et le marché est libre.

Quel regard portez-vous sur les manifestations menées par l'opposition ?

Elles illustrent des tensions, mais ressemblent surtout à une tentative de contrôle. L'opposition tente d'utiliser tous les moyens pour renverser le Premier ministre, car c'est sa seule chance de s'emparer du pouvoir. Mais sans les lois démocratiques, c'est impossible et je ne pense pas qu'elle parvienne à maintenir la pression de la rue très longtemps.

Que se passera-t-il dans les semaines à venir ?

C'est la grande question. La Hongrie entame une nécessaire politique d'austérité. Cela risque d'entraîner une détérioration de l'économie et du niveau de vie, déjà peu élevé. Par ailleurs, les socialistes vont-ils continuer à soutenir le Premier ministre ? Je ne suis pas sûr qu'il puisse conserver le pouvoir d'ici aux prochaines élections, dans trois ans.

La Hongrie a rejoint l'Union européenne il y a deux ans. Quel bilan faites-vous ?

Les Hongrois ont cru à un cadeau. Ils sous-estimaient les obligations économiques. Aujourd'hui, la situation est très difficile. Et l'absence de dialogue entre les deux grands partis n'arrange rien.

Recueilli par Faustine Vincent