Qatar: Un footballeur français retenu malgré lui dans la péninsule

PORTRAIT Le Franco-Algérien Zahir Belounis est coincé dans le pays à cause d'un litige financier avec son club local...

Alexandre Sulzer

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Zahir Belounis, footballeur franco-algérien, coincé au Qatar en raison d'un contentieux financier avec son club
Zahir Belounis, footballeur franco-algérien, coincé au Qatar en raison d'un contentieux financier avec son club — A. Sulzer/20 Minutes

De notre envoyé spécial à Doha (Qatar),

«J’étouffe, j’en deviens claustrophobe. Des fois, j’ai envie de me taper la tête contre les murs.» Le footballeur franco-algérien Zahir Belounis ne pensait pas qu’à 33 ans, sa carrière prendrait une drôle de tournure. Le sportif val-de-marnais, attiré par les perspectives de carrière au Qatar, un pays pour lequel le football est devenu une vitrine, expérimente, à l’instar de milliers d’ouvriers asiatiques, les affres du système du «kafala»: sans l’accord de son parrain, son employeur, il n’a pas le droit de quitter le pays. Or, un litige financier l’oppose à son club. Depuis un an, les dunes qatariennes se sont transformées pour lui, sa femme et ses deux enfants en une véritable prison à ciel ouvert.

Les sirènes du Qatar

Tout commence en 2007. Après avoir joué à l’Ile-Rousse, à Saint-Lô , en Suisse et en Malaisie, son agent lui propose de venir au Qatar pour redresser Al-Jaish, une équipe de deuxième division locale dont il devient le capitaine. «Si je fais mes preuves, je pourrai bien gagner ma vie», pense-t-il alors. Trois ans plus tard, le pari semble réussi. L’équipe est passée en première division et il signe un nouveau contrat «intéressant» de 5 ans.

Mais au cours de l’été 2011, alors qu’il joue la coupe du monde militaire au Brésil sous les couleurs du Qatar, dont il reçoit opportunément la nationalité pendant deux mois, il apprend que son club embauche trois nouveaux expatriés, le quota maximum par équipe. A son retour, «sans explication», il est «prêté» à un club de deuxième division, Al-Markhya.

«C’est là que le cauchemar commence.» Al-Jaish ne lui verse plus le salaire prévu dans son contrat qui, assure Zahir, lui a été volé en septembre 2011 sous prétexte de faire une photocopie. «A chaque fois que je venais me plaindre, ils me disaient que je serai payé le mois suivant.» En mai 2012, le prêt à Al-Markhya s’arrête. Et avec, le complément de salaire que touchait Zahir. Depuis il n’a plus été payé du tout. En octobre, il a pris des avocats.

Retirer la plainte contre sortie du territoire

«Al-Jaish m’a demandé de signer un document dans lequel je reconnais qu’il ne me doit rien. Sans cela, il ne validerait pas mon autorisation de sortie du territoire», se désole le joueur, qui dit avoir une proposition pour jouer dans un club de fin de tableau de D1 en Turquie. Il est soutenu désormais par Human Rights Watch qui a contacté son club. «Il ne nous ont pas répondu», précise l’ONG à 20 Minutes.

«Le Qatar, la vie y est agréable quand ça se passe bien. Mais quand ça se passe mal… Ca fait des mois que je ne dors pas.» Pour se passer le temps, Zahir squatte des salles de sport pour s’entraîner tout seul. «Je lis des revues scientifiques, j’écoute Led Zep, je joue de la guitare», raconte celui qui a «l’impression de ne plus servir à rien». «Comme mon affaire traîne, je me demande si elle ne gêne pas la diplomatie française.»

Ne préfèrerait-il pas retirer sa plainte et fuir le pays? «Non, je suis prêt à me battre, répond-il. Ils sont déterminés, moi aussi.» Mais, lucide, il ajoute: «footballistiquement, ça va être dur maintenant puisque je ne joue plus. Je sens que je vais bien devoir raccrocher les crampons…»