Quand le conflit syrien envahit le Liban

INTERNATIONAL Après la chute de deux roquettes ce dimanche matin sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, qui s’est engagé au côté de l’armée régulière syrienne...

Bérénice Dubuc avec AFP

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Des soldats libanais inspectent un appartement touché par une roquette, dans le sud de Beyrouth, le 26 mai 2013.
Des soldats libanais inspectent un appartement touché par une roquette, dans le sud de Beyrouth, le 26 mai 2013. — AP/SIPA

Le conflit syrien déborde de plus en plus sur son voisin libanais. Vers 5h50 à Paris ce dimanche matin, deux roquettes ont visé la banlieue sud de Beyrouth, fief du mouvement chiite Hezbollah, engagé dans le conflit syrien aux côtés des troupes de Damas, faisant quatre blessés.

«Cet incident est probablement lié au conflit syrien», selon une source de sécurité. «Les auteurs de cette attaque sont des terroristes et des vandales qui ne veulent pas la paix et la stabilité pour le Liban et les Libanais», a dénoncé le président Michel Sleimane dans un communiqué. Le ministre de l'Intérieur, Marwan Charbel, s'est immédiatement rendu sur les lieux, où il a dénoncé «un acte de sabotage visant à créer la zizanie». «On ne peut pas à ce stade accuser qui que ce soit. Nous espérons que ce qui se passe en Syrie ne va pas déborder chez nous au Liban et qu'il y a des gens censés qui comprennent que le Liban ne peut pas le supporter», a-t-il dit à des journalistes.

Aggravation des tensions entre sunnites et chiites

La France, par la voix du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, mais aussi les Etats-Unis, s’inquiètent de voir le Liban entraîné dans le conflit syrien. En effet, le Liban est profondément divisé entre partisans du régime syrien, emmenés par le Hezbollah chiite, et le camp hostile à Damas, avec à sa tête le sunnite Saad Hariri, ex-Premier ministre. De plus, le Hezbollah s’est engagé dans le conflit syrien, notamment dans la bataille de Qousseir, où il a dépêché 1.700 hommes divisés en 17 groupes. Tenue par les rebelles depuis plusieurs mois, Qousseir est une ville stratégique pour les deux forces. Située à une dizaine de kilomètres de la frontière libanaise, elle est le principal point de passage des combattants et des armes en provenance et en direction du Liban. Séparant Damas de Lattaquié, fief alaouite situé sur la côte méditerranéenne, Qousseir est également une ville-clé pour le régime de Bachar al-Assad.

Au Liban, la participation non dissimulée du Hezbollah aux combats de Qousseir semble aggraver les tensions provoquées entre sunnites et chiites au Liban par le conflit. L’attaque de ce dimanche n’est en effet pas un événement isolé. A Tripoli,  la grande ville du nord du Liban proche de Qousseir, les combats entre partisans et opposants au président syrien se sont poursuivis dans la nuit de samedi à ce dimanche. En six jours, 30 personnes, dont trois soldats, ont trouvé la mort dans ces affrontements, selon une source de sécurité libanaise.

Conséquences sur l’image du Hezbollah

Allié de Damas depuis plus de deux décennies, le Hezbollah dépend du régime syrien pour ses approvisionnements en armes venues d'Iran. Il s'est donc totalement investi dans la guerre en Syrie, à la demande de son mentor iranien qui veut maintenir au pouvoir son allié Bachar al-Assad. «La perte du pouvoir par le clan Assad aurait des répercussions mortelles pour le Hezbollah, non seulement pour son approvisionnement en armes, le passage d'hommes et d'argent, mais aussi sur le plan politique car il ne bénéficierait plus du soutien total syrien» comme depuis 30 ans, explique Waddah Charara, professeur de sociologie à l'université libanaise et auteur de L'Etat Hezbollah.

En plus d’aggraver les tensions avec les sunnites, cet engagement en Syrie pourrait également des conséquences sur l’image du Hezbollah. «Le Hezbollah a beaucoup perdu de sa réputation, non seulement dans le monde arabe mais aussi au Liban. C'est fini le temps où les sondages d'opinion plaçaient Nasrallah comme le chef politique le plus populaire dans le monde arabe pour sa résistance contrer Israël» après la guerre de 2006, note Ghassan al-Azzi, professeur de sciences politiques à l'Université libanaise. Cependant, tempère Ziad Majed, professeur de Sciences politiques et Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris, ce qui préoccupe le Hezbollah, «c'est uniquement son image au sein de sa base sociale et à court terme elle n'est pas fragilisée».