Meurtre d'un soldat à Londres: Ce que l’on sait de l’agression terroriste

DECRYPTAGE Au lendemain de l'assassinat d'un soldat en civil à Londres, l'enquête débute, mais les experts en sécurité redoutent que l'attentat soit l'oeuvre de «loups solitaires» fanatisés par la propagande d'Al-Qaida...

Bérénice Dubuc avec AFP

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Scène du drame à Woolwich, dans le sud-est de Londres, le 22 mai 2013.
Scène du drame à Woolwich, dans le sud-est de Londres, le 22 mai 2013. — A.GRANT/AP/SIPA

Que s’est-il passé?

Mercredi en début d'après-midi, deux hommes ont agressé dans une rue du sud-est de Londres un soldat en civil, le poignardant à plusieurs reprises avec des couteaux de cuisine et un hachoir de boucher et le laissant pour mort au milieu de la route. Les deux agresseurs sont ensuite restés sur le lieu de leur crime, invitant les passants à filmer ou photographier la scène, alors qu'ils s'acharnaient sur le corps de leur victime, la lardant de coups aux cris d«Allah Akbar». Certains ont assuré qu'ils s'employaient à décapiter le soldat inerte.

Où en est l’enquête?

Scotland Yard s'est contenté de confirmer que des policiers avaient fait usage de leurs armes pour neutraliser les deux suspects, qui ont été admis dans deux hôpitaux londoniens distincts. Selon les témoins, les deux agresseurs n'ont à aucun moment cherché à fuir les lieux de leur crime, et se sont avancés, menaçants, vers les renforts de police à leur arrivée. Le patron de Scotland Yard, Bernard Hogan-Howe, a précisé que les deux hommes avaient été arrêtés et que les enquêteurs de la section anti-terroriste enquêtaient sur ce meurtre. Pour l’heure, l’enquête débute, mais les experts en sécurité redoutent que l'attentat soit l'oeuvre de jeunes «loups solitaires» fanatisés par la propagande d'Al-Qaida.

Pourquoi parle-t-on d’acte terroriste?

C'est un «acte barbare qui s'est produit aujourd'hui, une attaque épouvantable (...) manifestement de nature terroriste», a déclaré David Cameron mercredi. En effet, sur une vidéo amateur obtenue par la chaîne de télévision ITV, l'un des deux meurtriers a déclaré avec un accent londonien: «Vous ne serez jamais en sécurité. Renversez votre gouvernement. Ils ne prennent pas soin de vous.» «Nous devons les combattre comme ils nous combattent, oeil pour oeil, dent pour dent», a-t-il également dit, citant la loi du Talion. «Nous jurons par Allah le Tout puissant que nous n'arrêterons jamais de vous combattre», a-t-il conclu, soulignant: «Je suis désolé que des femmes aient été témoins de ce qui s'est passé aujourd'hui mais, dans notre pays, nos femmes voient le même genre de choses.»

Quelles mesures ont été prises?

Dès mercredi soir, la sécurité au baraquement militaire de Woolwich ainsi que dans toutes les casernes de la capitale britannique a été renforcée. Ce jeudi matin, le Premier ministre britannique David Cameron a présidé une réunion de crise du comité COBRA (acronyme de Cabinet office Briefing Room A), pour étudier les éventuelles mesures de sécurité à prendre. Il rassemblait autour du Premier ministre la ministre de l'Intérieur Theresa May, le maire de Londres Boris Johnson, les chefs des services de renseignement intérieur MI5 et extérieur MI6, le patron de Scotland Yard et des experts en sécurité.

Cela peut-il arriver en France?

Selon l’ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la DST Louis Caprioli, «ce type d’attaque peut être commis sur le sol français». Et le spécialiste de rappeler que c’est comme cela qu’a été assassiné le réalisateur hollandais Théo Van Gogh en novembre 2004 par un Néerlandais d'origine marocaine à Amsterdam. «En France, on sait qu’un islamiste avait projeté en 2012 d’égorger le directeur de Charlie Hebdo après la publication des caricatures de Mahomet. Il a été arrêté, tout comme un ressortissant français qui voulait égorger un policier à la gare de Bruxelles en juin 2012.» Pour Louis Caprioli, ces assassinats, symboliques, «peuvent viser tous ceux qui sont représentatifs de l’Etat oppresseur des musulmans en France comme partout dans le monde», qu’ils soient soldats, policiers, gendarmes... «Regardez Mohamed Merah. Il a commencé par abattre des militaires, et projetait de s’en prendre à un policier qu’il avait connu à la DCRI», souligne-t-il.