Meurtre à Woolwich: La police privilégie la piste de djihadistes isolés

P.B. avec agences

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Scène du drame à Woolwich, dans le sud-est de Londres, le 22 mai 2013.
Scène du drame à Woolwich, dans le sud-est de Londres, le 22 mai 2013. — A.GRANT/AP/SIPA

Londres n'avait pas été touchée par une attaque terroriste depuis 2005. Mercredi, un jeune soldat britannique a été tué en pleine rue par deux hommes tenant des propos fondamentalistes islamistes. Blessés par les forces de l'ordre, les suspects ont été arrêtés et hospitalisés. Le point sur l'affaire.

Ce qu'il s'est passé

A environ 14h20, une voiture a foncé sur un passant et s'est encastrée contre un poteau à Woolwich, un quartier de l'est-londonnien, selon des témoins.

(carte du Guardian)

Deux hommes en sont sortis, armés d'un pistolet, de plusieurs couteaux et d'un hachoir de boucher. Ils se sont acharnés sur la victime, un jeune soldat –a priori habillé en civil mais qui portait un t-shirt aux couleurs de l'association d'aide aux vétérans «Help For Heroes». Son identité n'a pas été révélée mais un parlementaire local a confirmé à la BBC qu'il était basé à la caserne de Woolwich située environ 400 mètres plus loin. Les forces de l'ordre ont mis entre 15 et 20 minutes avant d'arriver sur place car les policiers du quartier attendaient des renforts armés. Pendant ce temps, les deux suspects ont demandé aux témoins de les prendre en photo et de les filmer. Ils ont ensuite marché à la rencontre des forces de sécurité. Une femme-policier a ouvert le feu, touchant les deux hommes. Ils ont été emmenés dans deux hôpitaux. L'un se trouve dans un état «sérieux», selon le Guardian. Le soldat a, lui, été déclaré mort à l'arrivée des secours.

«Dites-leur de rapatrier nos troupes», dit un suspect face caméra, les mains ensanglantées

«Nous jurons par le tout-puissant Allah que nous n'arrêterons jamais de vous combattre. La seule raison pour laquelle nous avons fait ça, c'est parce que des musulmans meurent chaque jour. Ce soldat britannique, c'est œil pour œil, dent pour dent», a lancé, juste après le meurtre et les mains ensanglantées, l'un des deux agresseurs sur un film amateur récupéré par la chaîne de télévision ITV. D'une voix posée, dans un anglais à l'accent londonien, se tenant à quelques mètres seulement du corps du soldat tué, il ajoute: «Je suis désolé que des femmes aient été témoins de ce qu'il s'est passé aujourd'hui, mais dans notre pays, nos femmes voient le même genre de choses.» Dans une autre vidéo publiée par le Sun, il s'en prend au Premier ministre britannique: «Vous pensez que David Cameron sera touché dans la rue quand nous sortirons nos pistolets? Vous croyez que les politiciens vont mourir? Non, ce sera le passant lambda, comme vous ou vos enfants. Alors débarrassez-vous d'eux (des élus, ndr). Dites-leur de rapatrier nos troupes pour que nous puissions tous vivre en paix.»

Ci-dessous, la vidéo dans laquelle le suspect s'exprime. Attention, ces images peuvent choquer:

 Message ferme de David Cameron

En déplacement en France, le Premier ministre britannique a dénoncé un meurtre «barbare et écœurant». Lors d'une conférence de presse commune avec François Hollande, il a estimé que l'attaque était «manifestement de nature terroriste» et juré que la Grande-Bretagne ne se voilerait «jamais la face» face à de tels actes. Le président français a assuré de sa «solidarité» la Grande-Bretagne après «le lâche assassinat d'un soldat». Le Conseil musulman britannique, lui, a condamné «un acte barbare qui n'a aucune justification dans l'islam». Cela n'a pas empêché des partisans d'extrême-droite de l'English Defense League de manifester. Deux personnes ont été arrêtées après des attaques contre des mosquées, à Londres.

Le Royaume-Uni en état d'alerte

L'enquête a été confiée aux services de la lutte antiterroriste. A la demande de David Cameron, le ministre de l'Intérieur a convoqué, dans la soirée, une réunion du Comité Cobra, constitué de ministres et responsables de la sécurité. Le Premier ministre britannique a écourté sa visite en France pour regagner Londres au plus vite. Il n'y a pour l'instant pas de signes indiquant que les deux suspects aient agi dans le cadre d'une action organisée par Al-Qaïda. Selon les experts britannique, la rhétorique s'inspire cependant de celle de l'organisation, notamment dans la référence indirecte au conflit en Afghanistan, où des soldats britanniques sont déployés. Le terme «our land» («notre pays/territoire») fait également partie du discours fondamentaliste habituel. Un témoin cité par le DailyMail affirme encore que sa mère a reconnu l'un des hommes et l'avait vu la semaine précédente «prêcher un message politique de haine» dans le quartier. Le renseignement britannique a déjà averti à plusieurs reprises que les actes «d'individus isolés» sont les plus dangereux car ils sont impossibles à prévoir. Par précaution, la sécurité a été renforcée à proximité des casernes du pays. Pour l'instant, l'indice de la menace terroriste est «substantiel» (3 sur 5). S'il était relevé d'un cran, cela signifierait qu'une nouvelle attaque serait jugée «hautement probable».

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