Mohamed Kuwari, ambassadeur du Qatar en France : «François Hollande viendra en visite officiel au Qatar les 23 et 24 juin»

Propos recueillis par Alexandre Sulzer, envoyé spécial au Qatar

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Mohamed Kuwari, ambassadeur du Qatar en France, le 22 mai 2013 à Doha.
Mohamed Kuwari, ambassadeur du Qatar en France, le 22 mai 2013 à Doha. — Alexandre Sulzer / 20 Minutes

De notre envoyé spécial au Qatar

Mohamed Kuwari est l’ambassadeur du Qatar en France et au Vatican. Ancien chef de cabinet du Premier ministre Hamed ben Jassem al-Thani, il est un homme incontournable de la politique étrangère du pays. Entretien en marge du 13e Forum de Doha.

>>> Pour lire le reportage de notre envoyé spécial au 13e Forum de Doha, c'est par ici

Il n’y a pas une journée en France sans que le Qatar ne fasse la une des médias. Cette focalisation vous énerve-t-elle?

Je regrette le «Qatar bashing», car le Qatar est un pays ami de la France qui respecte les lois françaises en toute transparence. Nos relations sont anciennes et solides, elles existent depuis longtemps et jusqu’alors, il n’y avait aucun problème. Je suis sûr qu’avec le temps, les choses seront clarifiées. Notre relation va se poursuivre et donner de bons résultats pour nos deux pays.

Ce qui suscite les interrogations, ce sont vos relations avec des acteurs aussi variées que les talibans, le Hamas et l’Occident… Peut-on être ami avec tout le monde?

C’est un souhait. Nous avons des alliés, des amis, des acteurs avec qui nous avons des contacts. Le Qatar poursuit une politique indépendante, qui parle avec tout le monde.  Il faut renforcer la culture du dialogue dans notre région. Par ailleurs, il faut respecter les résultats démocratiques issus du Printemps arabe, y compris lorsque ce sont les forces issues de la rue qui ont remporté les élections. Mais il faut clarifier les choses : le Qatar n’apporte aucun soutien aux extrémistes, aux fondamentalistes.

Le wahhabisme, tel qu’il est pratiqué au Qatar, est perçu en France comme une forme d’extrémisme…

Vous êtes au Qatar, êtes allé dans la rue, avez parlé avec les gens... Vous percevez une ambiance extrémiste ? Le Qatar est un pays ouvert, tolérant, mais nous conservons notre culture, notre religion. L’islam est compatible avec la démocratie, il n’y a aucune contradiction.

Vous parlez beaucoup de démocratie, mais la critique de l’émir n’est pas autorisée…

C’est vrai, le Qatar n’est pas un pays démocratique, pas encore. Mais il a pris plusieurs mesures pour préparer la démocratie. Notre presse peut critiquer le gouvernement, nous n’avons pas de prisonniers politiques. Dans tous les pays, des lois prévoient des limites, y compris en France. Et puis, au Qatar, les femmes prennent d’importantes responsabilités publiques, comme la cheikha Moza.

On sait que Nicolas Sarkozy était très ami avec le Qatar. Avez-vous l’impression que François Hollande a infléchi la politique de la France vis-à-vis du Qatar?

Non, je ne crois pas. L’approche reste celle de l’amitié, du renforcement des relations. L’émir Hamad ben Khalifa al-Thani et le Premier ministre ont déjà rencontré François Hollande à Paris. Le président français viendra en visite officiel au Qatar les 23 et 24 juin.

Quels seront les prochains grands investissements du Qatar en France?

Le Qatar encourage aussi bien les investissements publics que privés en France. C’est une façon de nouer de bonnes relations économiques et créer des richesses pour l’avenir du Qatar. Nous attendons la prochaine visite de François Hollande pour jeter les jalons de l’avenir et discuter de notre plan de route.

Les entreprises françaises dans lesquelles vous investissez sont-elles favorisées pour l’obtention des marchés d’infrastructures au Qatar?

Pour sa stratégie d’investissements à long terme, le Qatar monte des partenariats: aussi bien au Qatar qu’ailleurs avec les entreprises dans lesquelles il participe. Par exemple, il existe des projets communs Qatar-Total (dont le Qatar possède 3%) en Mauritanie, des discussions sont en cours pour un grand projet au Congo-Brazzaville. La participation du Qatar au capital facilite donc les choses, mais les entreprises dans lesquelles nous ne sommes pas présents dans le capital ne sont pas exclues pour autant. Par exemple, Thalès, Technip, EADS sont présents ici.

Où en est-on du projet de lancement d’Al-Jazira en français?

Le siège et la rédaction principale seront au Qatar, la chaîne disposera d’un bureau important à Paris, au Canada et dans plusieurs pays africains. Le lancement est pour bientôt, mais je ne peux pas vous donner de date. C’est un projet sérieux.

Participez-vous au financement de mosquées en France?

Non, la maîtrise des mosquées n’intervient pas dans notre stratégie politique. Cela ne fait pas partie de notre diplomatie. S’il y a des contributions qataries à des projets, elles proviennent d’organisations de charité.