Forum de Doha: Ces VIP français réunis au Qatar

REPORTAGE Plusieurs dizaines d'hommes et de femmes politiques ont été invitées au forum de Doha alors que le Qatar fait souvent la une des journaux de l'Hexagone...

Alexandre Sulzer, à Doha

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Patrick Balkany, Eric Woerth et Malek Boutih (au premier rang) au 13e Forum de Doha, au Qatar, le 22 mai 2013.
Patrick Balkany, Eric Woerth et Malek Boutih (au premier rang) au 13e Forum de Doha, au Qatar, le 22 mai 2013. — A. SULZER / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial au Qatar,

«Donnez, do-do-do-donnez, donnez, donnez-moi-a-a…» La voix chaude d’Enrico Macias s’élève au milieu des pipes à chichas, sous le regard étonné de Qatariens en dishdasha traditionnel et les acclamations d’hommes et de femmes politiques aussi différents que Michèle Alliot-Marie (MAM) ou Malek Boutih. Dans ce café du souk de Doha, l’artiste pousse la chansonnette pour l’anniversaire de Mohamed Kuwari, le très dynamique ambassadeur du Qatar en France. C’est lui qui a composé la délégation française au 13e Forum de Doha –environ 70 personnes– l’une des plus importantes de ce symposium consacré de lundi à mercredi aux enjeux régionaux.

«Enrico est interdit dans plusieurs pays arabes, c’est un geste politique fort», se félicite le député (UMP) Pierre Lellouche, lui aussi à Doha. Les Français invités vont croiser dans les allées du Ritz-Carlton, où se tient le Forum, aussi bien des leaders islamistes tels que le Premier ministre tunisien Ali Lariath que le président sénégalais Macky Sall et tout ce que le Moyen-Orient compte de ministres, responsables économiques et experts. Un parterre d’invités qui fait le grand écart entre modernisme et rigorisme. A l’image de la politique tous azimut du Qatar qui fait couler beaucoup d’encre, en France en particulier.

«Rayonner sur la scène internationale»

«C’est un tout petit pays, coincé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Leur seule chance de ne pas disparaître, c’est de rayonner sur la scène internationale», défend MAM qui n’en revient pas d’avoir été soutenue, lors d’une discussion sur l’éducation, par un «sosie» d’Oussama ben Laden. L’émir, avec qui elle a eu un entretien bilatéral, se serait inquiété auprès d’elle de la mode du «Qatar bashing» dans l’Hexagone. «Il se demande pourquoi il n’y a qu’en France que cela arrive.» Pour le défendre, l’émir peut compter sur la plupart des politiques français invités.

A l’instar d’Eric Woerth, dont c’est le troisième séjour sur la presqu’île. «La France a intérêt à ce que le Qatar s’intéresse à elle plutôt que de le débouter», explique l’ancien ministre du Budget pour qui il s’agit d’un «partenaire d’influence majeur». Quid du soutien actif de Doha aux régimes islamistes? «On s’en fout un peu, tranche-t-il. Ça n’a pas d’influence politique en France. Et si l’on doit arrêter les investissements des Etats que l’on soupçonne de duplicité, alors il faut immédiatement couper les investissements russes et américains!»

Dans la voiture qui emmène une partie de la délégation pour une visite privée de la chaîne satellitaire Al-Jazeera, Patrick Balkany scrute les tours qui émergent tout au long du front de mer. «Qu’est-ce que ça bouge ici!» s’exclame celui qui vient régulièrement au Qatar «depuis quarante ans». «C’était arriéré ici, les femmes portaient des masques en cuir sur le visage», se souvient-il. A l’entendre, les choses ont bien changé. «Les Qataris n’ont aucun intérêt à déstabiliser le monde et sont bien plus tournés vers l’Occident que le Moyen-Orient.»

Des sujets évoqués en marge du Forum

Ce proche de Nicolas Sarkozy, autre grand habitué de la péninsule, profite de sa présence pour «avoir quelques discussions», en marge du Forum, sur l’avenir de l’équipe de basket de Levallois-Perret dont il est le maire. «Si on veut devenir une grande équipe européenne, il va y avoir des problèmes de financement…» Le député ne se dit donc «pas hostile à un rapprochement» avec les Qataris. Reste à s’assurer que «Levallois» soit accolée à la marque PSG que pourrait adopter l’équipe rachetée. «J’ai évoqué le sujet avec l’ambassadeur, ça pourrait se faire d’ici un an.»

C’est bien ces discussions en parallèle qui font l’intérêt d’une visite au Qatar. Ainsi en va-t-il de François Fillon, invité d’honneur du Forum, qui profite de cette occasion pour fouler pour la première fois le sol qatarien. «Les consultations ici sont longues et informelles et les discussions surprenamment franches. Il a par exemple parlé une heure et demie en tête à tête avec le président sénégalais», indique-t-on dans son entourage. Idéal pour consolider un réseau international, utile à tout présidentiable.

Des invités à titre personnel

Car, côté contenu du Forum, la déception pointe. «Je m’attendais à des groupes de travail. Il s’agit plutôt de cours magistraux sans consistance», souligne le député (PS) Jean-Luc Drapeau, novice en matière de Qatar. «C’est sympathique mais on est venu faire du tourisme», regrette sa collègue socialiste Chantal Guittet, elle aussi à Doha au titre de la commission des Affaires étrangères. «Je trouve ça limite que certains aient été invités à titre personnel et qu’ils puissent être accompagnés de leur conjoint», tacle celle qui dit avoir sollicité l’avis de la déontologue de l’Assemblée avant de s’envoler pour Doha. «Il est rare que ce soit le pays hôte qui invite les parlementaires», observe-t-elle, prudente. Mais en même temps, il ne faut pas dire: ‘ce sont des affreux, il ne faut pas y aller’. Plus on apprend à se connaître, mieux c’est.»