Le Portugal se penche sur l'IVG

©2006 20 minutes

— 

Vingt mille, trente mille ou quarante mille ? Nul ne sait avec précision combien d'avortements clandestins sont pratiqués chaque année au Portugal. Hier, le parlement a approuvé l'organisation d'un nouveau référendum sur la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) durant les dix premières semaines de grossesse. Le vote devrait avoir lieu en janvier. Très restrictive, la loi de 1984 sur l'IVG autorise la fin de la grossesse dans des cas très précis : malformation du foetus, danger pour la mère ou viol. Pour toutes autres raisons, les femmes qui avortent risquent trois ans de prison. En 1998, la question de la libéralisation de la loi avait déjà été soumise à référendum. Mais à l'époque, le Premier ministre socialiste, Antonio Gutteres, catholique pratiquant, n'avait pas hésité à faire part de son opposition personnelle à l'avortement. La consultation populaire avait tourné au fiasco : seulement 31 % de participation et une courte victoire du « non » (51 %).

Aujourd'hui, le contexte est différent, mais le débat reste sujet à controverses dans un pays encore très influencé par l'Eglise et où les archaïsmes restent nombreux, à commencer par le code de déontologie des médecins qui prévoit jusqu'à huit ans de prison pour la pratique de l'IVG. Le Premier ministre socialiste, José Socrates, s'est déjà engagé dans la campagne pour le « oui » : « Il faut mettre fin à la plaie sociale que sont les avortements clandestins. » La modernisation du Portugal vue par Socrates, proche de son homologue espagnol, José Luis Zapatero, passe par des questions sociales polémiques comme l'est celle de l'avortement.

A Lisbonne, Juliette Laurent