Bangladesh: Le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus exhorte à payer décemment les ouvriers du textile

avec AFP

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Le Bangladais Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix et pionnier de la microfinance, a exhorté lundi les fabricants et marques occidentales de textile à payer décemment les millions d'ouvriers au Bangladesh pour qu'ils cessent de vivre comme des esclaves. «Nous leur donnons (aux ouvrières du textile) des salaires tels que même le pape dit qu'elles sont payées comme des esclaves: quarante dollars par mois. Nous voulons que ceci appartienne au passé», a déclaré Muhammad Yunus lors d'un colloque à Dacca sur l'effondrement d'un immeuble le 24 avril, qui a fait 1.127 morts. Il a précisé être en discussion avec l'organisme Transparency International pour fixer un indice pour les salaires minimum dans les pays qui fabriquent de la confection pour des marques occidentales.

«Nous ne voulons pas faire du Bangladesh un pays d'esclaves»

A la tête pendant près de trente ans de la banque de microcrédit Grameen Bank, qu'il fonda et qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2006, M. Yunus a aidé des millions de femmes issues de milieux ruraux défavorisés à sortir de la pauvreté au Bangladesh. «Nous ne voulons pas faire du Bangladesh un pays d'esclaves. Nous voulons en faire un pays de femmes modernes. Nous voulons garantir qu'elles auront un salaire légitime», a-t-il lancé. «Des salaires décents leur permettront de vivre heureuses et comme des humains et de ne pas travailler comme des esclaves. Nous voulons garantir cela. Nous ne voulons pas vendre du travail d'esclaves pour construire notre économie. Nous voulons vendre nos talents», a-t-il poursuivi.

Ces commentaires interviennent au lendemain de l'annonce par le ministre bangladais du Textile de la mise en place d'une commission pour augmenter le salaire minimum des ouvriers. Le Bangladesh est le deuxième exportateur au monde de vêtements en raison de la modicité des salaires et d'une main-d'oeuvre abondante. Ce secteur-clé de l'économie, qui génère 29 milliards de dollars par an, représentait l'an dernier 80% des exportations du pays. Mais les conditions de travail et les normes de sécurité dans cette industrie sont dénoncées depuis des années par les ONG et la tragédie du Rana Plaza, un immeuble de neuf étages qui s'est effondré près de Dacca, a relancé les vives critiques sur ces «ateliers de la misère».