Pakistan: Les élections législatives historiques se déroulent ce samedi

avec AFP

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Les Pakistanais ont commencé à voter ce samedi matin pour élire leurs députés et leur prochain gouvernement, un scrutin historique pour la consolidation de la démocratie dans ce géant musulman d'Asie du Sud mais sous tension en raison des menaces d'attentats talibans.

Les quelque 70.000 bureaux de vote disséminés à travers le pays ont ouvert à 8h (5h heure française) et accueilli les premiers électeurs, ont constaté des journalistes de l'AFP. Ils doivent fermer à 17h locales (14h heure française), peut-être un peu plus tard pour permettre d'écouler les dernières files d'attente.

86 millions d'électeurs

Plus de 86 millions de Pakistanais sont appelés à choisir leurs 342 députés de l'Assemblée nationale et leurs représentants dans les quatre assemblées provinciales. Le parti arrivé en tête du scrutin national sera ensuite chargé de former le gouvernement, au besoin en formant une coalition majoritaire. Ce scrutin est considéré comme historique car il va permettre à un gouvernement civil de passer la main à un autre après avoir terminé un mandat complet de cinq ans, une première dans ce pays créé en 1947 et à l'histoire jalonnée de coups d'Etat.

Après la victoire des partis progressistes et laïcs en 2008, la majorité des observateurs parient sur un retour de balancier vers le centre-droit et sur la victoire de la Ligue Musulmane (PML-N) de Nawaz Sharif, magnat de l'acier issu de l'élite traditionnelle déjà deux fois Premier ministre dans les années 1990. Mais le score du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, droite) de l'ex-légende nationale du cricket Imran Khan alimente les spéculations.

Vague de sympathie pour Imran Khan

Imran Khan, sensation de la campagne, surfe de surcroît sur une vague de sympathie depuis qu'il s'est fracturé des vertèbres en chutant de plusieurs mètres lors d'un meeting cette semaine. «Nous voulons du changement, nous n'en pouvons plus de ces vieux politiciens qui reviennent chaque fois au pouvoir et ne font rien pour le pays. Je vais voter Imran Khan car il est jeune, énergique et veut changer les choses en éliminant la corruption», a déclaré à l'AFP Abdul Sattar, 74 ans, et venu voter aux premières heures à Islamabad malgré des difficultés à se tenir debout.

Le taux de participation, qui était de l'ordre de 44% lors des dernières élections de 2008, sera l'une des clés du scrutin. Les observateurs peinent notamment à prévoir s'il sera dopé par une forte participation des jeunes avides de changement ou miné par la peur des attentats.

Des tractations de plusieurs semaines

Les premiers résultats pourraient tomber dès samedi dans la soirée. Une fois les scores des partis connus commenceront des tractations politiques qui pourraient durer plusieurs semaines. La parti arrivé en tête tentera en effet de former avec d'autres partis une coalition majoritaire apte à gouverner le pays. S'il n'y parvient pas, son dauphin tentera de le faire, un système qui ouvre la voie à de nombreuses possibilités d'alliances plus ou moins prévisibles.

Plus de 600.000 personnels de sécurité seront chargés de protéger les bureaux de vote. Le processus électoral est depuis le départ sous la menace constante du Mouvement des talibans du pakistan (TTP), principal groupe rebelle islamiste du pays, qui le juge «non islamique» et à la solde des «infidèles». Mais les insurgés ne semblent pas en mesure de faire dérailler le processus dans l'ensemble de ce vaste pays de 180 millions d'habitants.

Des menaces d'attentat

Vendredi, le TTP, un allié d'Al-Qaida et qui a revendiqué la plupart des attaques fatales à au moins 127 personnes durant la campagne, a «demandé à la population d'éviter les bureaux de vote» pour «ne pas risquer de perdre la vie». Et dans la soirée à Karachi (sud), un candidat du parti laïc MQM, le premier de la ville, a été tué avec deux de ses partisans, selon des responsables locaux.

Selon la Commission des droits de l'Homme du Pakistan, cette campagne électorale est déjà la plus meurtrière de l'histoire du pays, né en 1947. Le président pakistanais Asif Ali Zardari a voté par correspondance après que les talibans ont menacé directement son parti, le PPP. L'épouse de Asif Ali Zardari, l'ancienne Première ministre Benazir Bhuto, avait été tuée en 2007.

Nawaz Sharif pourrait accéder pour la troisième fois au poste de Premier ministre, un record, après les périodes 1990-1993, jusqu'à ce qu'il tombe pour corruption, et 1997-1999, où il fut déposé par un coup d'Etat militaire. Nawaz Sharif et Imran Khan ont tous deux soutenu l'idée de dialoguer avec les talibans pour tenter de mettre fin aux violences et critiqué les tirs de drones américains unilatéraux visant les islamistes dans le nord-ouest du pays. Mais sans préciser comment ils s'y prendraient en pratique pour ramener la paix, sans froisser Washington, premier bailleur du pays.