Pakistan: Menaces d'attentats sur le scrutin

avec AFP

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Le dernier jour de la campagne pour les élections législatives au Pakistan jeudi a été marqué par l'enlèvement d'un des fils de Yousuf Raza Gilani, Premier ministre de 2008 à juin 2012, et par de nouvelles menaces des rebelles talibans, qui ont annoncé des attaques le jour du vote samedi.
Le dernier jour de la campagne pour les élections législatives au Pakistan jeudi a été marqué par l'enlèvement d'un des fils de Yousuf Raza Gilani, Premier ministre de 2008 à juin 2012, et par de nouvelles menaces des rebelles talibans, qui ont annoncé des attaques le jour du vote samedi. — Aamir Qureshi AFP

L'ancien Premier ministre Nawaz Sharif et l'ex-gloire du cricket Imran Khan tentaient jeudi de galvaniser les foules lors de la dernière journée de campagne officielle des élections générales historiques de samedi au Pakistan, un vote menacé par les attentats talibans.

Les insurgés, qui s'opposent à la tenue de ces législatives jugées «non islamiques», ont multiplié les attaques sanglantes lors de la campagne. Et selon un commandant des insurgés ayant requis l'anonymat, le chef des talibans pakistanais Hakimullah Mehsud a lui-même ordonné des attentats suicide le jour du vote. «Les talibans ont envoyé des kamikazes pour perpétrer des attaques à travers le Pakistan» samedi, a affirmé à l'AFP ce commandant.

La campagne avait marqué une pause mercredi à la suite de l'accident d'Imran Khan, le chef du Mouvement pour la justice (PTI). L'ancienne légende nationale du cricket, sport adulé dans le pays, électrise les foules depuis le début de la campagne électorale à la mi-mars en critiquant les «vieux» partis dynastiques «corrompus».

Mais mardi soir, le sexagénaire aux allures de play-boy avait chuté de plusieurs mètres d'un monte-charge qui devait le poser sur la scène lors d'un meeting, devant des milliers de partisans à Lahore, deuxième ville du pays.

Il a été blessé à la tête et à l'épaule, et s'est fracturé des vertèbres, mais sa moelle épinière a été épargnée, ont indiqué mercredi ses médecins alors que ses partisans craignaient qu'il ne reste paralysé après l'avoir vu couché sur son lit d'hôpital, le cou enserré par des attèles.

Les images d'Imran Khan, s'adressant à la nation, alité avec des trémolos dans la voix, ont bouleversé nombre de Pakistanais. Du coup, son parti a joué à fond la carte du «vote de compassion» en achetant du temps d'antenne sur les grandes chaînes locales pour rediffuser en boucle ce discours.

La chute d'Imran Khan a suscité l'émoi des grands partis politiques, bien plus que les attentats talibans sanglants contre les partis laïques, que la Ligue Musulmane (PML-N), favorite du scrutin, comme le PTI, soupçonnés de lorgner sur le vote islamiste, se sont bien gardés de condamner jusqu'ici.

En signe de solidarité avec Khan, la PML-N avait notamment annulé les rassemblements prévus mercredi. Les caravanes se remettent en route jeudi pour la dernière journée de campagne autorisée dans ce pays, la seule puissance du monde, musulman doté de l'arme nucléaire, avant les scrutin législatifs nationaux et provinciaux de samedi.

Le chef de la PML-N Nawaz Sharif, qui fut deux fois Premier ministre, demeure le favori de ce scrutin en raison de ses appuis historiques dans la province du Pendjab, où sont concentrées plus de la moitié des circonscriptions du pays.

Or l'ascension d'Imran Khan, qui mord sur l'électorat de centre droit de Nawaz Sharif dans son fief du Pendjab et attire les jeunes et la classe moyenne à la recherche de «changement», vient brouiller les pronostics et ouvre la voie à des «triangulaires».

Le Parti du peuple pakistanais (PPP), formation pro-occidentale à la tête de la coalition sortante, accusé par ses rivaux de corruption et d'avoir conduit le pays vers la pire crise énergétique de son histoire, espère en effet profiter d'une division du vote d'opposition pour se maintenir au pouvoir.

Le PPP, menacé par les talibans, n'a organisé aucun grand rassemblement dans cette campagne, mais a investi des sommes colossales dans la publicité et ciblé sa campagne sur des circonscriptions précises. PML-N et PTI montreront une dernière fois leurs muscles jeudi soir lors de rassemblements, à Lahore, capitale du Pendjab, pour la première et Rawalpindi, ville jumelle de la capitale Islamabad, pour le PTI d'Imran Khan.

Ce dernier est encore alité, deux jours après sa chute spectaculaire, mais doit intervenir dans le rassemblement par vidéo conférence, selon des membres de son parti.