Au Vietnam, la langue française se fait damer le pion par l’anglais

REPORTAGE Malgré un certain regain d’intérêt chez les étudiants...

Mathieu Bruckmüller

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A l’Institut français de Hanoï
A l’Institut français de Hanoï — Mathieu Bruckmüller/20 Minutes

De notre envoyé spécial à Ho Chi Minh Ville (Vietnam)

A l’image du français, l’influence de l’Hexagone au Vietnam décline. De passage à Ho Chi Minh Ville début avril, la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq a d’ailleurs assigné comme objectif la multiplication par deux des parts de marché de nos entreprises dans ce pays d’ici quatre ans.

Une population très jeune

Si les entreprises françaises ont clairement une carte à jouer, la langue de Molière, elle, est à la peine. Ils seraient moins de 600.000 Vietnamiens à la parler. Une régression mécanique au sein de cet ancien bastion francophone, lié au passé colonial, qui s’explique en bonne partie par des raisons démographiques. 60% des presque 90 millions d’habitants ont moins de 30 ans, or le retrait français de l’Indochine remonte à juillet 1954.

Et désormais, l’anglais a nettement pris le dessus. Avec un plaisir évident, les Vietnamiens l’utilisent pour converser avec les touristes. Mais pas seulement. «L’Anglais est très demandé sur le marché du travail. Les étudiants se précipitent pour l’apprendre comme le chinois de plus en plus», explique Phong Nguyen Mai.

Le français, une tradition familiale

Cette trentenaire a appris le Français à l’âge de 12 ans, une tradition dans sa famille. Malgré tout, elle souhaite que son fils apprenne l’anglais en premier: «Ce sera plus efficace pour lui, surtout ici dans une ville business comme Saïgon. C’est pour son avenir». Vacataire chez Ubifrance, l’agence chargée d’aider les groupes français à l’export, elle a pourtant tout fait pour travailler dans un environnement francophone.

Idem pour Khan Van Dand qui assure la traduction entre des médecins français et des patients vietnamiens: «L’anglais c’est bien pour le commerce, mais le français c’est mieux pour raconter une histoire». A l’instar de Phuong, elle est convaincue que le français ne disparaîtra pas.

Hausse des demandes à Hanoï

«Depuis quatre ans, nous enregistrons une hausse de la demande pour les cours de français», abonde Lionel Sourisseau, de l’Institut français de Hanoï. Le nombre d’inscriptions par an dépasse les 5.000 personnes pour un tarif horaire inférieur à deux euros.

Résultat: aujourd’hui, plus de 6.000 étudiants vietnamiens sont en France. La raison de ce succès? Des frais de scolarité bien plus faibles que dans les pays anglo-saxons. Mais cet afflux pourrait ne pas durer. Le gouvernement envisage d’augmenter les droits d’entrée. Selon un rapport, le coût de l’immigration estudiantine au global avoisine les trois milliards d’euros par an.