Ce projet de loi français qui met les Turcs en boule

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La plus vive a éclaté le 18 mars après l'apparition de slogans négationnistes - "Non au mémorial d'un prétendu génocide", "Il n'y a jamais eu de génocide arménien" - lors d'une manifestation pro-turque.
La plus vive a éclaté le 18 mars après l'apparition de slogans négationnistes - "Non au mémorial d'un prétendu génocide", "Il n'y a jamais eu de génocide arménien" - lors d'une manifestation pro-turque. — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

La Turquie est excédée. Fréquemment rappelée à l'ordre par Bruxelles, dans le cadre des négociations d'adhésion à l'UE, sur la question chypriote ou celle des droits de l'homme, Ankara doit une nouvelle fois faire face au spectre du génocide arménien. Paris avait déjà reconnu cet événement historique en 2001. En faisant voter aujourd'hui une loi condamnant tout propos niant sa réalité, la France provoque la colère de toute la classe politique turque qui, par la voix du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, évoque « une éclipse de la raison ».

La Turquie s'est toujours refusée à reconnaître l'extermination de plus de 1,2 million d'Arméniens entre 1915 et 1916. Et ce malgré les demandes répétées des Européens. En visite en Arménie, début octobre, Jacques Chirac a réitéré son sentiment. La Turquie doit-elle reconnaître le génocide pour pouvoir entrer dans l'UE ? « Honnêtement, je le crois », a déclaré le président. Mais une reconnaissance officielle semble encore trop douloureuse dans une Turquie où les nationalistes gardent la haute main sur le pouvoir. Recep Tayyip Erdogan, s'est d'ailleurs opposé à un texte, proposé par certains députés turcs, qualifiant de « génocide » le massacre d'Algériens au cours de la colonisation française. Mais il a prévenu : «Nous espérons que Paris va éviter cet accident politique qui va endommager les relations franco-turques. » A trop pousser la Turquie dans ses retranchements, la France, et avec elle l'Europe des 25, risquent en outre de la voir se tourner vers d'autres alliés, plus enclins à s'attirer ses bonnes grâces. Une perspective dommageable pour la France et l'Union européenne.

Armelle Le Goff

Chronologie : 1915-16 La Turquie extermine plus de 1,2 million d'Arméniens. 1923 Atatürk fonde la Turquie moderne. 2001 La France reconnaît le génocide. 2005 Ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. 2006 Inauguration du mémorial du génocide arménien à Lyon. Sa construction a donné lieu à des manifs négationnistes.