Après l'attentat de Boston, l'ombre du 11 Septembre plane sur New York

ETATS-UNIS A Manhattan, une ambiance pesante règne au lendemain de la double-explosion meurtrière du marathon de Boston...

A New York, Nicolas Coisplet

— 

Sécurité renforcée à New York après l'attentat de Boston survenu le 15 avril 2013.
Sécurité renforcée à New York après l'attentat de Boston survenu le 15 avril 2013. — REUTERS/Lucas Jackson

De notre journaliste à New York

Dans le Financial district de New York, ce mardi, le drame de Boston est dans toutes les conversations de la pause déjeuner. «Je me suis dit "oh my god", pourvu que ça n'arrive pas encore à New York"», a réagi Patricia, vendeuse de 39 ans, quand elle a appris que deux bombes avaient explosé sur la ligne d'arrivée du marathon et fait 3 morts et plus de 170 blessés.

Dans les rues bondées autour de Ground Zero, les visiteurs du mémorial du 11 Septembre croisent comme tous les jours des cadres travaillant dans les buildings du quartier et des ouvriers qui sortent des chantiers du nouveau World Trade Center. Mais comme le fait remarquer Richard, un Irlandais de passage, «l'ambiance est très bizarre aujourd'hui, c'est assez pesant». La municipalité à dès lundi renforcé le dispositif de sécurité devant les hôtels, dans les gares et sur le sites les plus fréquentés. Les événements de Boston rouvrent la blessure, profonde, laissée par les attentats du 11 septembre. «Quand on habite New York et qu'on travaille dans le Financial District, on y pense forcément, et tout le temps, observe Shannon, cadre financier de 42 ans. Mais ce matin, quand j'ai pris le métro, j'ai fait plus attention que d'habitude. Sans verser dans la paranoïa, on essaie d'être plus vigilants.»

«Ça devait arriver, la sécurité n'est pas ce qu'elle devrait être»

Quelques rues plus loin, Daniel s'étire après son footing de midi sur les bords de l'Hudson. «J'ai quitté mon pays, le Salvador, il y a trente ans, pour fuir ce genre de choses, des victimes innocentes dans la rue. Ça me terrifie de voir que ça peut arriver aux États-Unis, qui étaient pour ma famille un havre de paix», explique ce négociant en meubles de 52 ans. «Personne n'a oublié le 11 Septembre ici. Comment pourrais-je? Un de mes voisins y a laissé la vie, et j'ai vu son fils de 5 ans grandir sans son papa.»

Comme beaucoup, Shannon se montre étonné de voir Boston être la cible de ce type d'attaque. «Je n'ai pas de famille là-bas. Boston, c'est la Nouvelle-Angleterre, une ville cool, moins stressée que New York. Mon entreprise y a des bureaux, qui sont situés pas très loin de la ligne d'arrivée du marathon. Tout le monde va bien, mais mes collègues sont sous le choc.»

Le message lancé par le président Barack Obama, qui a invité ses concitoyens a ne pas tirer de conclusions hâtives, est bien passé. «Qui peut être derrière ces attaques? On n'en a franchement aucune idée, il y a des fous partout, ici aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde», grommelle Dan, 55 ans. Pour cet ouvrier qui travaille sur le chantier du One World Trade Center, les événements de Boston ne devraient surprendre personne aux États-Unis. «Ça devait arriver, la sécurité n'est pas ce qu'elle devrait être, et il me semble que malgré le 11 Septembre, les Américains n'en ont pas assez conscience. Je ne sais pas trop ce que le gouvernement peut faire de plus, mais il faut au moins avoir en tête qu'on n'est pas a l'abri. Que ce genre de chose peut se reproduire.»